Thaïlande : un vote à l'issue incertaine

©2006 20 minutes

— 

Bangkok (thaïlande), de notre correspondante

C'est un étrange scrutin qui s'est déroulé hier en Thaïlande. Après deux mois de manifestations visant à renverser le Premier ministre, Thaksin Shinawatra, les Thaïlandais sont allés voter pour les législatives, dans un calme relatif. Aucun résultat définitif ne devait être connu avant le début de la nuit, malgré la fermeture des bureaux de vote à 15 h. Et le Premier ministre, candidat à sa propre succession malgré la pression populaire, a annulé au dernier moment sa conférence de presse, avant de quitter en douce le siège de son parti. Les premiers résultats partiels annonçaient une issue incertaine, avec de nombreuses voix pour Thaksin Shinawatra dans le Nord, mais beaucoup d'abstentions dans le Sud et à Bangkok.

La crise politique a débuté en janvier lorsque la famille de Thaksin a vendu le géant des télécoms thaïlandais, Shin Corp, à une entreprise singapourienne. Sans payer de taxes, ce qui a provoqué la colère des classes moyennes. « A leurs yeux, Thaksin n'a plus de légitimité pour gouverner, explique Kavi Chongkittavorn, éditorialiste du quotidien The Nation et adversaire de Thaksin. D'abord, parce qu'il refuse de payer des taxes. Ensuite, parce qu'il a beaucoup abusé de son pouvoir et que son administration est corrompue. » Le scrutin, provoqué après la dissolution du Parlement, risque de ne pas suffire pour sortir de l'impasse. Les partis d'opposition ont boycotté ces élections, laissant la formation du Premier ministre seule en lice dans 70 % des circonscriptions. De nouvelles manifestations sont déjà prévues cette semaine.

Séverine Bardon

Neuf personnes ont été blessées dans trois attentats à la bombe dans la province musulmane de Narathiwat (Sud), région en proie à des troubles séparatistes, juste après la fermeture des bureaux de vote.