« Les pompiers se voyaientun peu comme des stars »

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William Langewiesche
Journaliste à Vanity Fair, auteur de American Ground, Ed. du Sous-sol, 17 €.
Vous êtes le seul journaliste à avoir eu un accès illimité à Ground Zero

après les attaques. Dans votre livre, vous déconstruisez le mythe

de l'Amérique unie dans la douleur

en racontant notamment le conflit entre les pompiers et la police.
L'idée même d'unité est stupide. C'est à cause d'elle que nous sommes entrés en guerre en Irak. A Ground Zero, il y avait des jalousies, des disputes… Certaines légitimes, d'autres stupides – qui est le plus blessé, le plus héroïque, etc.
L'image héroïque des pompiers semble avoir tendu les rapports…
Les Etats-Unis baignaient dans un deuil collectif malsain, et les pompiers étaient au cœur du cirque médiatique. Ils étaient adorés, interviewés... On attendait d'eux qu'ils incarnent le deuil, la tragédie et l'héroïsme. Certains ont joué ce rôle. Ils se voyaient un peu comme des stars, c'était bien pour chasser des filles ! Le plus gênant, c'est quand les morts étaient retrouvés. Les cérémonies, prises en charge par les pompiers, étaient différentes, selon l'uniforme des victimes. Il y avait deux poids, deux mesures, ce qui énervait les policiers et les ouvriers.
Vous racontez aussi un autre aspect occulté : les pillages sur le site.
J'ignore pourquoi la presse ne l'a pas écrit. Tout le monde pillait, pas seulement les pompiers. On voyait des gens trimbaler des ordinateurs. ça a commencé dès l'évacuation des tours. Tout le monde le sait. Mais quand j'ai écrit ça – pas pour condamner, mais pour souligner que c'était un champ de bataille  –, j'ai été attaqué. Parce que « des héros ne feraient jamais ça »…
Recueilli par faustine vincent