11-Septembre: «Il y a eu vingt occasions ratées d'empêcher la catastrophe»

INTERVIEW Pour Fabrizio Calvi, auteur d'une contre-enquête sur les attentats du 11 septembre 2001, il y a eu de nombreux ratés dans la lutte antiterroriste...

Recueilli par Faustine Vincent

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Une répétition de « Tribute in Light » prévu dimanche à New York.Les touristes découvrent le projet de reconstruction.Le mémorial sera inaugurée par Obama et le maire de New York, dimanche.Une touriste devant le site de Ground Zero , à New York.
Une répétition de « Tribute in Light » prévu dimanche à New York.Les touristes découvrent le projet de reconstruction.Le mémorial sera inaugurée par Obama et le maire de New York, dimanche.Une touriste devant le site de Ground Zero , à New York. — M. LENNIHAN / AP / SIPASTFM. LENNIHAN / AP / SIPAM. LENNIHAN / AP / SIPA

Fabrizio Calvi, auteur de 11-Septembre, la contre-enquête (éd. Fayard, 22€), revient sur les éléments troubles autour des attentats de 2001.

Pourquoi avoir fait une contre-enquête sur le 11-Septembre?
J'étais frappé par les manquements de la commission d'enquête officielle, surnommée «commission des omissions». D'où l'envie de tout remettre à plat. Je ne suis ni conspirationniste, ni anti-conspirationniste. J'y suis donc allé sans a priori.

Avez-vous pu travailler facilement?
Absolument. J'ai été stupéfait par la liberté de ton des agents du FBI et de la CIA, et de leur désir de parler. Le 11-Septembre étant le plus gros ratage des renseignements américains, toutes les personnes impliquées ont envie de se justifier.

Selon vous, la sous-estimation de la menace islamiste jusqu'en 1996, l'incompétence, la bureaucratie, la malchance et le manque d'imagination expliquent ce ratage…
J'ai en tête l'image du train fonçant vers le mur. Il y a eu vingt occasions manquées d'empêcher la catastrophe. Ces erreurs peuvent effectivement s'expliquer par l'incompétence, la bureaucratie, la guerre entre le FBI et la CIA, etc. Un exemple: les Etats-Unis ont été informés dès 1995 qu'une attaque aurait lieu. Elle avait été conçue aux Philippines en 1994, ciblait le World Trade Center et donnait même la liste des pirates de l'air. Le policier philippin qui a découvert ça a averti ses supérieurs, qui ne l'ont pas cru. Il a prévenu les Américains. Ils ne l'ont pas cru non plus. La CIA et le FBI ont perdu ce jour-là une occasion d'empêcher les attaques. Les Américains ont parfois aussi été le jouet de leurs informateurs. Ces ratés montrent les limites de la guerre secrète contre le terrorisme.

A l'issue de votre contre-enquête, un mystère subsiste: celui de deux pirates de l'air saoudiens. La CIA les suivait et savait qu'ils étaient aux Etats-Unis, mais elle a tout fait pour empêcher le FBI de le découvrir…
C'est la seule chose qu'on ne peut pas s'expliquer. La CIA a toujours refusé de se prononcer là-dessus. Richard Clarke, l'ancien conseiller à la Sécurité nationale, n'avait pas été informé non plus. Il a longtemps cru à une erreur, mais a changé d'avis quand il a découvert que pas moins de cinquante agents de la CIA étaient au courant de cette opération. L'agence aurait dû s'expliquer. En se taisant, elle alimente les théories conspirationnistes.

Quelle est votre propre analyse?
L'hypothèse la plus vraisemblable, c'est que la CIA tentait de se servir des deux hommes pour remonter jusqu'à Ben Laden. Si c'est le cas, il est logique qu'elle ne le reconnaisse pas, car cela remettrait en question sa fonction même. Les gens diraient: «A quoi vous servez, alors, si vous saviez et que vous n'avez pas réussi à empêcher ces attaques»?