Egypte: Témoignages contradictoires au procès de l'ancien président

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Le procès d'Hosni Moubarak s'est poursuivi ce jeudi au Caire, pour une cinquième audience, au lendemain de la décision du président du tribunal d'appeler à la barre le chef du Conseil suprême des forces armées.

L'ancien président égyptien, renversé en février après trente ans au pouvoir, est accusé d'avoir incité les forces de l'ordre à tirer à balles réelles contre les manifestants. Le bilan officiel des journées révolutionnaires fait état de près de 850 morts.

L'audition d'officiers supérieurs, dont le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, ex-ministre de la Défense qui dirige aujourd'hui le Conseil suprême des forces armées (CSFA), l'instance assurant l'intérim à la tête du pays, pourrait apporter des témoignages décisifs dans le procès.

Le juge Ahmed Refaat a cependant annoncé que ces témoins de haut rang seraient entendus à huis clos afin de préserver la sécurité nationale.

Tirs sur la foule

Jeudi, d'autres témoins se sont succédé à la barre. Parmi eux, un officier de police, Essam Hosni, qui a affirmé qu'un dispositif de sécurité avait été mis en place dès le début du soulèvement, le 25 janvier, afin d'empêcher les manifestants d'atteindre la place Tahrir, dans le centre du Caire.

Selon lui, les forces de sécurité étaient armées au moment du soulèvement populaire, et ces armes ont été utilisées contre les manifestants. «La quantité d'armes disponibles dans le centre du Caire et devant tous les commissariats de police et les prisons confirme que les morts et les blessés sont liés à l'usage de ces armes», a t-il dit.

Selon les avocats de la défense, le témoin n'est absolument pas en position de pouvoir faire de telles déclarations, et se livre à des conclusions hâtives.

Les anciens dirigeants nient

Un autre témoin entendu jeudi, Hassan Abdel Hamid Farag, vice-ministre de l'Intérieur, a évoqué une réunion organisée au début du soulèvement en présence du ministre de l'Intérieur d'alors, Habib el Hadli, qui comparaît aux côtés de Moubarak.

«La décision prise lors de cette réunion était d'empêcher les manifestants de rallier Tahrir, en recourant si nécessaire à la force», a-t-il dit, ajoutant que Hadli avait précisé que la police devait faire usage de gaz lacrymogènes ou de canons à eau, mais pas d'armes à feu.

Un avocat de la défense lui demandant si la réunion avait abouti à une autorisation de recourir aux armes à feu, il a répondu: «Cela ne s'est pas produit».

Des policiers appelés à témoigner en début de semaine avaient eux aussi dit que ni Moubarak ni son ancien ministre de l'Intérieur n'avaient donné l'ordre de tirer.