Libye: «Kadhafi a perdu la bataille, mais tout est à reconstruire»

MONDE Sur le terrain, les insurgés n'ont toujours pas pris le contrôle de tout le pays, et l'ex-leader libyen court toujours...

Corentin Chauvel avec Reuters

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Un portrait géant endommagé de Mouammar Kadhafi à Tripoli (Libye), le 7 septembre 2011.
Un portrait géant endommagé de Mouammar Kadhafi à Tripoli (Libye), le 7 septembre 2011. — A.MILI / REUTERS

Plus de deux semaines après la chute du régime Kadhafi, la transition du pouvoir libyen est loin d’être achevée avec des combats persistants et l’unité politique du Conseil national de transition (CNT) pose problème. 20Minutes fait le point.

«On en revient aux problèmes initiaux», estime Philippe Hugon, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), joint par 20Minutes. «Mouammar Kadhafi a perdu la bataille, c’est certain mais tout est à reconstruire, il y a toujours une logique tribale et le CNT a peu de représentativité», ajoute-t-il.

Effets collatéraux sur les pays voisins

Si la composition d’un nouvel Etat libyen est l’un des défis majeurs, les effets collatéraux sur les pays limitrophes sont venus s’ajouter à la problématique intérieure. «Globalement, il s’agissait d’alliés de la Libye, liés à Kadhafi qui y finançait beaucoup de projets», explique Philippe Hugon.

Ces pays voisins (Algérie, Tchad, Niger), qui ont déjà eu à gérer le retour chaotique de leurs immigrés, doivent maintenant faire face à la fuite des proches du régime Kadhafi voire du «Guide» de la révolution lui-même, qui court toujours. «Je ne crois pas trop qu’il aille se réfugier dans l’un de ces pays parce qu’ils ne peuvent décemment pas l’accueillir politiquement, mais il peut les utiliser pour être exfiltré ailleurs», souligne le chercheur.

Kadhafi exprime toujours sa présence en Libye

Le CNT a ainsi envoyé des émissaires au Niger tandis que les Etats-Unis ont indiqué avoir contacté les gouvernements du Niger, du Mali, de Mauritanie, du Tchad et du Burkina Faso. Le département d'Etat les a exhortés à surveiller leurs frontières, à arrêter et désarmer tout proche ou collaborateur de Mouammar Kadhafi.

Mais pour l’heure, l’ex-dirigeant continue de clamer sa présence en Libye via un nouveau message audio diffusé ce jeudi. L'ancien leader s'engage en outre une nouvelle fois à rester sur place pour combattre jusqu'au bout les forces de l'Otan et le nouveau pouvoir. «Kadhafi est très imprévisible, il peut changer de tactique à tout moment, mais pour l’instant, il intervient pour montrer que la partie n’est pas terminée», analyse Philippe Hugon.

«Il y a un risque d’islamisation, on ne peut pas le nier»

Autre problème soulevé par le chercheur: «une crise sur le plan du terrorisme». «Il y a un risque d’islamisation de la Libye, on ne peut pas le nier, d’ailleurs Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) profite déjà de la situation en s’accaparant les armes distribuées aux rebelles», indique Philippe Hugon qui estime alors que la reconstruction du pays ne peut ainsi «se faire que de manière internationale».

La conférence internationale qui s’est déroulée la semaine dernière à Paris a démontré que la communauté internationale s’attacherait à accompagner une transition démocratique. Sur le terrain, l'Otan a annoncé ce jeudi qu’elle poursuivrait sa mission en Libye tant que les populations civiles resteront exposées à une menace des forces restées fidèles à Mouammar Kadhafi. L'Alliance atlantique assurera ensuite un rôle de soutien aux nouvelles autorités libyennes.