Vous avez interviewé Yoanna Sultan-R'bibo et Mikaël Guedj, auteurs du livre «11 Septembre Paris, 14h46»

VOS QUESTIONS Les deux auteurs ont répondu à toutes vos questions sur le 11-Septembre à l'occasion de la sortie de leur livre

Kenza Verrier

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Yoanna Sultan-R'bibo et Mickaël Guedj, auteurs du livre «11 Septembre Paris, 14h46»
Yoanna Sultan-R'bibo et Mickaël Guedj, auteurs du livre «11 Septembre Paris, 14h46» — D.R

La défaite de Jospin a été expliquée par Remi Lefebvre et Frederic Sawicki. Il n’y a aucun rapport avec le 11 septembre 2011! Pourquoi ne pas utiliser la catastrophe d'AZF datée du 21 septembre 2011 pour expliquer la défaite du socialiste aussi? (attila007)

Soyons clairs : nous ne disons pas que le 11 septembre a été le premier ou le seul facteur expliquant la présence de Le Pen au second tour. Pour ne prendre qu’un exemple, la division de la gauche a bien sur lourdement pesé. En revanche nous vous invitons à lire la réponse faite à Lunix3 plus haut. Cette analyse est d’ailleurs partagée par plusieurs acteurs politiques de l’époque.

Pensez-vous que Chirac et Jospin ont immédiatement assimilé les conséquences qu'une telle catastrophe allait provoquer? (sur mai 2002) (Jesuispasdunord)

Dans les fins de réunion de cabinets, à cette époque là, on se dit que c’est bon pour Chirac (les grands discours rassembleurs c’est le président) et beaucoup moins pour Jospin (s’il y a un pépin en termes de sécurité ce sera forcément au gouvernement d’assumer). Le sentiment semble partagé à droite comme à gauche.

J'ai entendu plusieurs fois Pierre Moscovici évoquer son survol des 2 tours pendant les attentats. Avez-vous pu discuter avec lui? Que vous a t'il dit? (Doubiste11)

Nous l’avons en effet rencontré. A 9heures, heure américaine, il est en vol au dessus de Manhattan et aperçoit une fumée blanche par dessus le hublot...

Quelle a été la première réaction de Chirac, et de son premier ministre, Lionel Jospin? Où étaient-ils tous les deux?

Quand le premier avion percute la première tour, il est 14h46 en France.

Chirac est à Rennes, à un salon de l’agriculture. Il gère à distance avant de décider de rentrer à Paris. Il ne découvre les images qu’à 17h50 dans son bureau de l’Elysée.

Jospin lui est en rendez-vous à Matignon. Il va voir en direct le second impact debout devant LCI.

L’un comme l’autre sont très choqués.

Le gouvernement Français a t'il réellement eu peur qu'un avion se crashe à la Défense ou sur Paris? (Jirona3)

Répondons par un cas précis. Le 12 mars 2002, la question s’est posée. Ce jour-là, un vol Toulouse-Pariis fait demi-tour après avoir émis un message étrange à la tour de contrôle “Five men on board”(cinq hommes à bord) . Nous vous laissons découvrir la suite dans le livre mais il ne fait aucun doute que dès les premières heures la menace a été prise très au sérieux par les services de l’Etat.

Vous avez rencontré beaucoup de politiques. Y a t'il un consensus qui se dégage sur les réponses que vous avez recueillis? Un entretien, vous a t-il plus marqué qu'un autre? (Paranoie)

Sur le choc ressenti le 11 septembre, sur l‘émotion et la solidarité envers le peuple américain, il y a consensus. En revanche, la où les divergences apparaissent c’est sur la façon dont la France s’impliquera militairement en Afghanistan.

Quant à votre question sur l’entretien le plus marquant, disons que les hommes de l’ombre (les conseillers les plus écoutés et les plus influents) à l’Elysee comme à Matignon, sont des sources passionnantes.

Cette crise a probablement profité à Chirac, en tant que chef de l'Etat, qui s'est rendu très rapidement aux USA et a gagné en stature. Moins à Jospin, qui l'a peut être payé, c'est vrai quelques mois après. Qu'en pensez vous? Qu’aurait dû faire le socialiste? (upiste)

Difficile de refaire l’Histoire. Après enquête, il apparaît que Jospin a pris ses responsabilités et s’est pleinement impliqué dans la gestion de cette crise, que ce soit sur les questions de sécurité intérieure ou sur l’engagement en Afghanistan. En revanche, en terme de communication le socialiste perd des points. Dès le 11 septembre à 17 heures, sa première intervention média est ratée. Le 14 septembre, jour de deuil européen, Jospin choisit de respecter les trois minutes de silence dans son bureau sans journalistes alors que Chirac est dans la cour de l’Elysee avec l’ambassadeur américain et fait jouer l’hymne US devant les caméras. Pendant toute la crise, le chef de l’Etat tire la couverture à lui, ce qui agace d’ailleurs beaucoup Jospin.

Dernier point, si avant le 11 septembre certains conseillers suggéraient au Premier ministre de quitter Matignon pour se consacrer à sa candidature, après cet événement et surtout après l’engagement de l’armée française en Afghanistan, Jospin ne peut plus quitter son poste.

Pouvez-vous nous résumer votre hypothèse selon le fait que ce 11 septembre aurait fait monter la droite et notamment l'extrême droite? (Lunix3)

Le contexte post 11 septembre favorise Chirac, favorise Le Pen mais met en difficulté Jospin.

Chirac tout d’abord, retrouve un nouveau souffle et se “représidentialise” à l’aune de cette crise. Avant le 11 septembre le président est plombé par les affaires et peine à séduire encore les Français. Avec cette crise, il redore sa stature internationale: il est le premier chef d’Etat étranger à se rendre aux États-Unis et survole notamment Ground Zero le 19 septembre, c’est lui qui est sur le devant de la scène par ses tournées à l’étranger et ses discours télévisés. Dans les sondages sa côte de popularité remonte.

A l’inverse, Jospin doit garder la boutique et gérer les questions intérieures. Il joue un rôle dans la gestion de la crise mais aux yeux des Français et selon la Constitution, il peut difficilement rivaliser avec le chef de l’Etat en matière internationale. C’est aussi beaucoup une question d’image. En outre, cet événement contrarie les plans de la gauche. Pour citer François Hollande, que nous avons rencontré et qui était alors très proche de Lionel Jospin: “Jusqu’à présent Jospin pensait que l’élection présidentielle se jouerait sur des questions de morale, avec les affaires de Chirac, et sur le bilan économique de son gouvernement. Tout cela est désormais recouvert par les cendres du 11 Septembre.”

Enfin, on peut penser que le nouveau climat de vulnérabilité créé par les attentats a favorisé Jean-marie Le Pen. Surtout si l’ on ajoute à la psychose du terrorisme les centaines de fausses alertes à l’Anthrax qui ont eu lieu en France, l’attentat raté sur le vol Paris-Miami le 22 décembre (le fameux shoe-bomber). C’est aussi un événement qui renforce les amalgames islam-islamisme-terrorisme.

Pourquoi avoir écrit ce livre ? (Julien T.)

C’est une histoire qui n’avait jamais été racontée. Or en septembre 2001 nous sommes en pleine cohabitation et à sept mois de l’élection présidentielle. Nous avons voulu comprendre comment le choc des attentats et ses conséquences avaient été gérées par le pouvoir français. Dix ans après, les langues se délient et nous avons pu interviewer près de 80 acteurs politiques, militaires, diplomatiques de l’époque pour raconter cette histoire. Le jour J, sur le mode 24 heures chrono. Puis, toute la séquence qui a suivi jusqu’au 21 Avril 2002.

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A l'approche de l'anniversaire des attentats du 11 Septembre qui aura lieu dimanche, le souvenir de l'effondrement des Twin Towers reste intact, dix ans après.

Mikaël Guedj et Yoanna Sultan-R'bibo publient, à cette occasion, leur livre «11 Septembre Paris, 14h46». Un ouvrage qui aborde les faits du point de vue français, livrant ainsi une interprétation nouvelle de la tragédie et de ses conséquences sur le climat politique d'alors. Les auteurs reviennent heure par heure sur les événements qui se sont déroulés du 11 Septembre 2001 au 21 Avril 2002, s'interrogeant sur les liens entre l'effondrement du Word Trade Center à New-York et la montée du Front National en France. Et si l'insécurité mondiale avait créé un climat propice à la montée des extrêmes et mené au 21 avril 2002?

Mikaël Guedj est journaliste sur la chaîne Direct8. Il est rédacteur en chef de l'émission politique 2012 et présente Les enfants d'Abraham. Yoanna Sultan-R'bibo est une journaliste indépendante.

Yoanna Sultan-R'bibo et Mikaël Guedj étaient les invités de la rédaction. Ils ont répondu à vos questions.

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