Bouclier antimissile de l'Otan: L'Iran hausse le ton contre la Turquie

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L'Iran a haussé le ton ce jeudi contre la décision de la Turquie d'autoriser l'implantation du bouclier antimissile de l'Otan sur son sol, les responsables iraniens multipliant les critiques contre les «contradictions» de la diplomatie turque jusqu'alors applaudie par Téhéran.

«Nous attendons des pays amis et voisins (...) qu'ils n'adoptent pas des politiques génératrices de tensions, et qui vont assurément compliquer la situation», a déclaré le porte-parole du ministère Ramin Mehmanparast cité par le site de la télévision d'Etat.

«L'installation d'éléments du bouclier antimissile de l'OTAN en Turquie ne va pas améliorer la sécurité ni la stabilité de la région», a ajouté Ramin Mehmanparast en appelant Ankara à «plus de vigilance» dans ses décisions.

L'Otan et les Etat-Unis veulent un système d'interception de missiles

Le ministère turc des Affaires étrangères a annoncé la semaine dernière que la Turquie, longtemps réticente, avait fini par accepter d'accueillir un radar d'alerte avancée de l'Otan destiné à détecter d'éventuels tirs de missiles menaçant l'Europe.

L'Otan et les Etats-Unis veulent déployer un système d'interception de missiles contre la menace qu'ils jugent grandissante de tirs de missiles à courte et moyenne portées à partir du Moyen-Orient, et plus particulièrement de l'Iran.

Téhérant multiplie ses critiques envers la Russie

Téhéran, qui rejette les accusations occidentales, avait déjà critiqué lundi de façon plus feutrée la décision turque en jugeant que les deux pays étaient «capables d'assurer totalement leur propre sécurité sans intervention extérieure».

Mais depuis, responsables militaires ou parlementaires iraniens ont multiplié les critiques contre la Turquie jusqu'alors rarissimes, Téhéran ayant fait du rapprochement politique et économique avec Ankara une priorité de sa politique étrangère.

«La présence des Américains et des Occidentaux dans des pays musulmans est génératrice de problèmes et néfaste», a déclaré mardi le ministre de la défense Ahmad Vahidi à l'agence Fars. «Les Occidentaux doivent savoir (...) que nous ne tolèrerons aucune agression d'aucun pays contre nos intérêts nationaux», a-t-il averti.

Téhéran considérait jusqu'à présent la Turquie plutôt comme un allié, Ankara étant l'une des rares capitales de la région à avoir refusé d'appliquer les sanctions occidentales contre le programme nucléaire controversé de l'Iran. Les dirigeants iraniens ont également bruyamment applaudi au récent durcissement de la diplomatie turque à l'égard d'Israël, ennemi juré de la République islamique.

Leurs «intérêts (communs) menacés»

Et les deux pays ont annoncé au début de l'année leur intention de tripler leurs échanges commerciaux à 30 milliards de dollars en dépit des efforts occidentaux pour isoler l'Iran économiquement.

«Alors que les prises de position passées (de la Turquie) avaient suscité l'espoir des nations musulmanes, la décision (sur l'Otan) provoque doute et incertitude», a déploré mercredi l'influent député Esmael Kosari, membre de la commission des affaires étrangères du Majlis. «Les pays de la régions ne peuvent pas accepter une telle contradiction», a-t-il averti en demandant à Ankara de «reconsidérer sa décision» sous peine de voir «ses intérêts menacés».

Un autre responsable parlementaire, membre de la présidence du Majlis, Mohammad Deghan, a estimé que la décision sur l'OTAN révélait une «collusion cachée» d'Ankara avec les Occidentaux.

Il a également relevé, à l'appui de cette accusation, le récent durcissement de ton de la Turquie contre le régime syrien, principal allié de l'Iran dans la région, regrettant qu'Ankara ait «uni ses efforts à ceux de l'Amérique et des sionistes pour frapper le front de la résistance» à Israël dont Damas est l'élément clef.