11-Septembre: «Une leçon pour les journalistes»

ANNIVERSAIRE Des journalistes racontent comment ils ont vécu l'événement et ce qu'il a changé pour la profession...

Benjamin Chapon

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Après le 11 Septembre, les médias ont fait plus de décryptages et d'analyses.
Après le 11 Septembre, les médias ont fait plus de décryptages et d'analyses. — HONDA / SIPA

«L'actualité était un peu molle, ce jour-là, se souvient Laurent Drezner, directeur de la rédaction de LCI. Alors quand notre correspondant à New York nous a appelés pour cette histoire d'avion dans une tour du World Trade Center, on s'est dit: “Bon, on a notre ouverture.”»

Le retour des «rubricards»

«On a été les premiers à prendre l'antenne en direct, dès 15h et on ne l'a plus lâchée avant la nuit.» Depuis, sur les chaînes d'info, le direct est la règle. Pour le tsunami au Japon, les révolutions arabes ou la composition de l'équipe de France de foot contre l'Albanie...

Si ce phénomène s'est accentué ces dernières années avec l'arrivée des médias Internet, il ne date pas du 11 septembre 2001, plutôt de la première guerre en Irak, dix ans auparavant. «Les années 1990 ont été marquées par des conflits régionaux très meurtriers, mais faciles à comprendre, explique Thierry Thuillier, directeur de l'info à France 2. Depuis la chute du mur de Berlin, les éditorialistes en plateau avaient disparu. Après le 11-Septembre, le monde a bougé, de nouvelles lignes de fracture se sont créées et il a fallu revenir à plus de décryptages et d'analyses. Le reportage ne suffit plus.»

Eric Leser, correspondant du Monde à New York lors des attentats et cofondateur de slate.fr, a la même analyse: «On ne peut pas être uniquement dans l'émotion. Le vrai défi, qui pose un problème économique aux médias, est de savoir conserver les “rubricards”, ces journalistes spécialistes de certains domaines, capables de faire une analyse profonde et précise des événements.»

Pour Barbie Zelizer, journaliste américaine et auteur de Le journalisme après le 11-Septembre, ces événements ont été «une leçon d'humilité pour les journalistes qui ont été, comme tout le monde, sidérés par les images et ont dû admettre qu'ils étaient parfois dépassés par l'actualité».