11-Septembre: Sauvée, mais pas indemne

ANNIVERSAIRE Juliette Bergman est une miraculée du 11 septembre 2001...

De notre envoyé spécial à New York, Alexandre Sulzer

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Juliette Bergman était dans la tour nord le 11 septembre 2001.
Juliette Bergman était dans la tour nord le 11 septembre 2001. — A. SULZER / 20 MINUTES

Juliette Bergman, 64 ans, regarde la Freedom Tower s'élever doucement en lieu et place des Twin Towers. «Je suis heureuse de ne pas devoir y travailler.» Cette immigrée polonaise est l'une des miraculés du 11-Septembre. Analyste dans le domaine du transport, Juliette travaillait au World Trade Center depuis sa création en 1973.

«J'adorais y bosser, c'était moderne, j'avais une superbe vue.» Le 11 septembre 2001, à 8h46, au 82e étage de la tour nord, Juliette entend l'explosion. L'immeuble vacille. Elle s'accroche à son bureau pour ne pas tomber. A côté d'elle, son collègue Ignatius se blesse au pied. Cela lui coûtera la vie.

«Un sentiment de culpabilité»

Contrairement aux attentats de 1993, qu'elle a aussi connus, elle n'a pas le réflexe d'appeler son mari. «Mon instinct m'a dit de partir aussitôt.» Commence une très longue descente dans les escaliers. Au 20e étage, Juliette, à bout de souffle dans une chaleur écrasante, s'arrête. Deux employés du 85e étage –«mes anges»- la voient, lui prennent son sac, sa veste, l'entraînent par la main.

Arrivée dans le hall sous-terrain, commun aux deux tours, Juliette entend soudain un «son difficile à décrire». La lumière s'éteint et un souffle énorme la soulève. La tour sud vient de s'effondrer. «J'ai dit à Dieu que j'acceptais la mort, mais qu'il devait épargner ceux qui m'avaient aidée.»

Mais Juliette n'est pas morte. Des pompiers la délivrent des débris. La «bouche pleine de ciment», elle est ré-oxygénée à l'hôpital. Suivront de longues années de dépression. «Je ressentais un sentiment de culpabilité d'avoir survécu.» Depuis deux ans à peine, grâce à l'arrêt des pilules et grâce à des «techniques respiratoires», Juliette va mieux. Mais elle sait qu'elle ne retrouvera jamais son ancienne «joie de vivre». «Quand mon heure viendra, je ne serai pas désolée de quitter cette terre…»