11-Septembre: Urgence pour les secouristes

ANNIVERSAIRE Les ex-héros de 2001 sont amers et se battent pour leurs droits...

De notre envoyé spécial à New York, Alexandre Sulzer

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Plus de 50 000 personnes ont prêté secours à Ground Zero le 11 septembre.
Plus de 50 000 personnes ont prêté secours à Ground Zero le 11 septembre. — S. BLAKE / SIPA

Le 11 septembre 2011, un mémorial sera inauguré à Nesconset, sur Long Island, l'une de ces innombrables banlieues pavillonnaires et anonymes de New York, loin de Manhattan. Mille noms y seront inscrits. Ceux de secouristes du 11-Septembre, morts, selon la FealGood Foundation, à l'origine du projet, des complications sanitaires liées à leur travail à Ground Zero.

«Nous sommes fiers et savons nous faire entendre même si nous n'avons pas été invités à la cérémonie pour les dix ans avec le maire de New York», sourit James Ryder. Cet ancien policier de 48 ans est l'un des piliers de la FealGood Foundation.

Il y a dix ans, il a été affecté à la surveillance d'une synagogue à deux pas de Ground Zero, dans la foulée des attentats. En dehors de ses heures de service, il a été sur le site pendant huit jours pour retrouver des survivants. Depuis, il a des «difficultés respiratoires». «On m'a fait 30 tests, il y a quelque chose qui flotte dans mes poumons, ils ne savent pas quoi», raconte James, qui se réveille «70 à 90 fois par nuit» en raison de sa «9/11 cough», la «toux du 11-Septembre».

La loi ne prend pas en compte les cancers

Il n'est pas le seul. Selon une étude récente de l'école de médecine Mount Sinai de New York, près de la moitié des secouristes ont des capacités respiratoires amoindries et 28% souffrent d'asthme. Avec «seulement» 175 dollars de soins hebdomadaires et une couverture maladie privée «décente», James ne s'estime pas trop malchanceux. Mais il ne compte plus le nombre de ses anciens collègues qui sont ruinés. «Si certains avaient réalisé qu'ils ne pourraient plus payer leur prêt et perdraient leur maison, ils auraient hésité avant de se rendre à Ground Zero.»

Après de longs mois de débats parlementaires, la loi dite «Zadroga», votée en décembre dernier, prévoit 4,3 milliards de dollars d'indemnisations et de soutien médical aux personnes présentes dans le sud de Manhattan entre le 11 septembre 2001 et le 30 mai 2002. Ceux qui en bénéficieront doivent s'engager à renoncer à toute poursuite civile contre les autorités.

Mais surtout, la loi ne prend pas en compte les cancers, pourtant plus nombreux chez les secouristes que dans le reste de la population, comme vient de le démontrer une étude récente du Fire Department de New York. James se battra pour faire évoluer les choses. «D'ici à trois mois, nous parviendrons à ce que le cancer soit inclus dans les pathologies du 11-Septembre», clame-t-il, optimiste. Mais, prévient-il, amer, «les gens mourront avant d'avoir touché l'argent».