L'anti-Cicciolina en campagne

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ROME

De notre correspondante

Une première. Wladimiro Guadagno, alias Vladimir Luxuria, est assuré de devenir le premier député travesti italien et même européen, lors des législatives des 9 et 10 avril. Au pays du pape et des crucifix dans les écoles, une partie de la classe politique crie à la provocation. « Mieux vaut être fasciste que pédé » lui a lancé, déchaînée, Alessandra Mussolini, petite-fille du Duce. De son côté, l'ex-ministre Roberto Calderoli, du parti xénophobe la Ligue du Nord, a ironisé sur la nécessité d'installer « des toilettes d'un troisième type » au Parlement.

La candidature de Luxuria, son nom de scène, est l'aboutissement de dix ans de lutte pour la reconnaissance des droits des homosexuels. A 40 ans, l'icône du mouvement gay italien est tête de liste du parti Refondation communiste à Rome. Son programme ? Un pacs à l'italienne, plus de laïcité et un combat contre toutes les injustices sociales, à commencer par la précarité. Originaire des Pouilles, le talon de la botte, Wladimir Guadagno est né homme, mais se vit en femme. « A 16 ans, j'ai décidé de ne plus cacher la cohabitation de mes deux identités, masculine et féminine. J'ai dû affronter les regards inquisiteurs et les insultes. Mais j'ai appris à répondre en gardant mon calme et mon sourire. »

Depuis le début de la campagne électorale, Luxuria parcourt la région pour faire changer les mentalités. Mardi soir, il rencontrait des jeunes dans une discothèque romaine, vêtu d'un tailleur-pantalon noir et d'une étole orange assortie aux lacets de ses baskets. Vladimir cultive un style sobre, loin de la sulfureuse image de la Cicciolina, star du porno, élue députée en 1987, à qui on le compare souvent. « Beaucoup voudraient que l'Italie reste un cliché : le pays du pape et de la pizza et moi, je les bouscule. On m'a traitée de Cicciolina ridicule. L'important, c'est qu'ils ne me comparent pas à Berlusconi. »

Camille Langlade