Le 11-Septembre, maux à mots

ANNIVERSAIRE Les attentats terroristes de 2001 ont bouleversé la littérature américaine...

Charlotte Pudlowski

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L'écrivain américain Jay McInerney pose pour le festival America, le 28 septembre 2010.
L'écrivain américain Jay McInerney pose pour le festival America, le 28 septembre 2010. — BALTEL/SIPA

Comment écrire après le 11-Septembre? Ce mardi matin-là, devant la télé, l'une des premières phrases que Jay McInerney lance à son ami romancier Bret Easton Ellis, c'est: «Je ne sais pas comment je vais pouvoir me replonger dans le roman que je suis en train d'écrire.» Et Ellis de répondre: «Je vois exactement ce que tu veux dire. »

Pourtant, la littérature américaine s'est très vite emparée du sujet. En moins d'une décennie, John Updike avec Terroriste, Don DeLillo et L'homme qui tombe, Jonathan Safran Foer avec Extrêmement fort et incroyablement près… ont tous publié des romans sur le sujet.

Annie Dulong, post-doctorante en littérature travaillant sur l'imaginaire du 11-Septembre, l'explique notamment par l'empressement des journaux, dès l'après-midi du 11 septembre 2001, «à interpeller les auteurs pour qu'ils répondent à l'événement», et par le fait que beaucoup d'écrivains américains habitant New York étaient aux premières loges. «J'ai écrit sur le 11-Septembre parce que je me suis retrouvé à Ground Zero après les attaques, et cela m'a hanté, confie ainsi l'écrivain Jess Walter, auteur de The Zero, à 20Minutes. C'est comme si mon pays était devenu fou.»

«C'est devenu plus facile d'imaginer la fin du monde»

Il y avait une sorte de nécessité à se réapproprier la ville et l'événement par les mots. Pour Don DeLillo, le discours de l'ère du 11-Septembre appartenait désormais aux terroristes, il fallait «créer un contre-discours» pour leur échapper. C'était le rôle des écrivains. Pour Olivier Cohen, directeur des Editions de l'Olivier, Jay McInerney «a réinventé le 11-Septembre dans La Belle Vie, pour en faire autre chose».

Mais au-delà de l'évocation du 11-Septembre, c'est aussi par l'évocation d'une autre Amérique que l'événement a marqué la littérature. «C'est cette Amérique différente que décrit Jonathan Franzen dans son dernier roman, Freedom», souligne Olivier Cohen. Une Amérique plus fragile. Pour Jess Walter, «c'est devenu plus facile d'imaginer la fin du monde pour les écrivains».