Après-11 septembre 2001: «Je n'aurai jamais d'enfant»

ANNIVERSAIRE Dening Lohez témoigne de la disparition de son mari français, Jérôme, qui travaillait dans le World Trade Center...

Envoyé spécial à New York, A. S.

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Dening a gardé le pass d'entrée au World Trade Center de Jérôme.
Dening a gardé le pass d'entrée au World Trade Center de Jérôme. — A. SULZER / 20 MINUTES

Dening Lohez, 41 ans, prof d'économie, peut enfin parler sans pleurer de Jérôme, son mari français, qui travaillait au 26e étage de la tour nord du World Trade Center (WTC) le 11 septembre 2001. Son histoire commence comme un conte de fées. Celle d'une immigrée chinoise, arrivée à 6 ans en Amérique, et qui, étudiante, tombe amoureuse de ce Parisien venu pour un an étudier l'ingénierie dans le New Jersey. Ils se marient en 1998. En mars 2001, Jérôme est embauché dans une société d'assurances du WTC. «On avait de bons salaires, un bel avenir», se souvient Dening.

Le matin du 11-Septembre, elle n'arrive pas à le convaincre de ne pas aller travailler alors qu'ils reviennent, fatigués, de Paris. «Sa dernière phrase a été: “Je t'aime”, comme dans un film.» Puis, tout va très vite. La tour nord qui s'effondre sous les yeux de Dening, l'espoir qu'il sorte indemne, la première nuit sans nouvelles et sans sommeil, les appels à témoin qu'elle lance sur CBS, les vêtements de Jérôme qu'elle garde sales pour prolonger sa présence, les coups de fil d'anonymes pour la soutenir jusqu'à cette lettre de l'administration, huit mois plus tard, qui lui apprend que des restes de Jérôme ont pu être identifiés.

Dening reprend ses études, mais cette veuve de 31 ans porte une douleur trop lourde pour fraterniser avec ses camarades de promo. «Mon histoire faisait peur.» Dening s'enfonce dans la solitude, la dépression. «Je devais m'éloigner de New York.» Elle enchaîne les voyages en Egypte, en Syrie, au Liban... Pour comprendre le monde d'où venaient les terroristes. Et crée une fondation au nom de Jérôme pour promouvoir les échanges universitaires entre les Etats-Unis et la France.

«Nous voulions des enfants. Je sais maintenant que je n'en aurai jamais. Cette fondation est mon enfant», martèle celle qui pense à refaire sa vie. «Après dix ans, je peux ouvrir un nouveau chapitre.»