Libye: Les rebelles piétinent, Kadhafi serait toujours dans le pays

MONDE Alors que l'assaut de la ville de Bani Walid est imminent, les négociations se poursuivent...

Avec Reuters

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Des rebels dans le désert, près d'une base militaire de Bani Walid, en Libye, le 3 septembre 2011.
Des rebels dans le désert, près d'une base militaire de Bani Walid, en Libye, le 3 septembre 2011. — AP Photo/Gaia Anderson

Mouammar Kadhafi est toujours introuvable. Mais selon son porte-parole, il se trouve toujours en Libye, en bonne santé et avec un bon moral. «Il se trouve en un lieu que ne pourront pas atteindre ces groupes factieux, et il est en Libye», a dit Moussa Ibrahim, lundi à la chaîne Arraï. L'ex-Guide de la Révolution libyenne n'a plus été vu en public depuis la prise de Tripoli par les forces du Conseil national de transition (CNT), il y a deux semaines.

Du côté du terrain, les forces antikadhafistes se tenaient prêtes à donner l'assaut à la ville de Bani Walid, défendue dans le désert libyen par des fidèles du «guide» déchu, tout en gardant l'espoir d'une reddition qui éviterait un bain de sang.

Des négociations intermittentes auxquelles participent des dignitaires locaux ont alterné ces derniers jours avec une série de messages contradictoires, signes des difficultés qu'il y a à démanteler un système en place depuis 42 ans.

A un point de contrôle situé à 60 km au nord de Bani Walid sur la route de la capitale, Abdallah Kanchil, qui négocie au nom du conseil intérimaire au pouvoir, a déclaré aux journalistes qu'un dénouement pacifique se profilait. «La reddition de la ville est imminente, a-t-il assuré. L'objectif est d'éviter des victimes civiles. Quelques tireurs embusqués ont déposé les armes (...) Nos forces sont prêtes.» Les déclarations similaires qui se sont succédé ces derniers jours n'ont pas abouti à une levée du siège. Les communications étant coupées, aucune information ne sort de la ville.

La semaine dernière, un chef militaire du Conseil national de transition (CNT) jugeait possible que le colonel Kadhafi se trouve dans Bani Walid avec son fils Saïf al Islam. Mais selon Abdallah Kanchil, le seul membre de son entourage présent dans la ville est son porte-parole, Moussa Ibrahim.

Un fils Kadhafi favorable à la paix

Un autre fils du colonel Kadhafi, Saadi, a dit selon CNN qu'il se trouvait «un peu en dehors» de la ville, qu'il n'avait pas vu son père depuis deux mois et cherchait à favoriser la paix malgré les propos «agressifs» de son frère Saïf.

Les combattants du CNT tentent d'évincer les kadhafistes de Bani Walid ainsi que de Syrte, ville natale du dirigeant déchu, et d'une grande portion de l'intérieur désertique du pays.

Dans la journée, un commandant du CNT, Mohammed al Fassi, a déclaré près de Bani Walid que le recours à la force semblait l'unique solution: «La proposition, c'est que les gens qui ont commis des crimes au nom de Kadhafi soient placés en résidence surveillée jusqu'à ce que le nouveau gouvernement soit formé. Certains ont accepté cette offre, d'autres ont dit non.»

Située sur un promontoire rocheux à 150 km au sud de Tripoli, Bani Walid est l'un des berceaux des Warfallas, la tribu la plus influente de Libye. Un million de Libyens –un sixième de la population– en font partie. La tribu a rallié le camp kadhafiste à Bani Walid, mais ailleurs ses membres se sont joints au soulèvement, en particulier à Misrata ou à Tripoli.

Du mieux à Tripoli

A Tripoli, dont leurs troupes ont pris le contrôle il y a deux semaines avec l'appui de l'Otan, les dirigeants du CNT s'emploient à rétablir l'ordre. On signale encore des pénuries d'eau, mais les autres services s'améliorent.

Le CNT a annoncé que des emplois dans la police et dans d'autres corps seraient offerts aux combattants rebelles démobilisés, initiative recommandée par l'Onu qui a  signalé un nombre inquiétant d'hommes armés sans affectation en Libye.

Le CNT s'efforce de ne pas diaboliser ceux qui ont servi sous le régime déchu, pour éviter une erreur qui a contribué selon lui à faire basculer l'Irak dans l'anarchie après la chute de Saddam Hussein en 2003.

L'embargo sur les armes violé?

A Londres, le Premier ministre David Cameron a déclaré au Parlement que la Grande-Bretagne et ses alliés de l'Otan continueraient d'appliquer les résolutions du Conseil de sécurité de l'Onu aussi longtemps que nécessaire pour la protection des civils. «Nous ne faiblirons pas avant que le travail soit accompli», a-t-il souligné.

La journée de lundi a par ailleurs été marquée par des accusations contre Pékin, soupçonné d'avoir tenté de fournir des armes à Kadhafi. Le conseil intérimaire au pouvoir en Libye détient des documents prouvant que Mouammar Kadhafi a acheté des armes à des entreprises chinoises et occidentales en violation de l'embargo décrété par les Nations unies, a annoncé lundi un responsable militaire du CNT à Tripoli.

«Nous recourrons aux canaux légaux, via des tribunaux internationaux, ainsi qu'aux Nations unies elles-mêmes. Soit pour les poursuivre, soit pour parvenir à un accord diplomatique», a déclaré à l'agence Reuters Abdoulrahman Bousin, porte-parole militaire du Conseil national de transition.

Il n'a pas spécifié quels entreprises, entités ou gouvernements occidentaux étaient concernés, mais a confirmé en revanche que certaines livraisons venaient de Chine via l'Algérie.