Libye: première fête du Fitr sans Kadhafi en 42 ans, réunion jeudi à Paris

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La Libye célébrait mercredi la fête musulmane du Fitr pour la première fois en 42 ans sans Mouammar Kadhafi au pouvoir, la traque de l'ex-homme fort et de ses forces s'accentuant, à la veille d'une réunion internationale à Paris pour aider la rébellion à reconstruire le pays.

Entre temps, les pays commencent à débloquer les milliards d'avoirs gelés du régime de Mouammar Kadhafi, en faveur du Conseil national de transition (CNT), l'organe politique de la rébellion qui a besoin d'urgence de fonds pour tenter de remettre la Libye sur pied après plus de six mois d'un conflit dévastateur.

Onze jours après l'entrée des troupes rebelles à Tripoli et la chute le 23 août du QG de Mouammar Kadhafi, des dizaines de milliers de Libyens ont marqué l'Aïd el-Fitr, la fête marquant la fin du mois de jeûne musulman du ramadan, par une prière collective dans la capitale "libérée".

Hommes, femmes et enfants vêtus de nouveaux habits, détendus et souriants, se sont rassemblés sur l'ancienne place Verte, rebaptisée place des Martyrs.

Une muraille du Sérail rouge à proximité avait servi de tribune à Mouammar Kadhafi pour haranguer ses partisans au début du soulèvement qui, lancé le 15 février, a fini par l'emporter mais au prix de dizaines de milliers de morts ou de disparus, de problèmes humanitaires et de destructions.

"C'est la plus belle fête de ma vie", déclare Adel Masmoudi, 41 ans, pratiquement l'âge de l'ère de Kadhafi, alors que l'imam de la prière se félicite du départ du "tyran Kadhafi", dont le nom a été maintes fois conspué.

Les rumeurs abondaient ces derniers jours selon lesquelles Mouammar Kadhafi préparerait "une surprise" pour cette fête de trois jours, qui coïnciderait avec le 42e anniversaire de la révolution qui a porté le "Guide" au pouvoir le 1er septembre 1969.

Pour les rebelles, Mouammar Kadhafi, traqué depuis la chute de son QG, est "très certainement" en Libye et un responsable au CNT, Ahmad Darrad, a estimé qu'il était de leur "droit de le tuer" s'il ne se rendait pas.

La rébellion, qui a offert une récompense de 1,7 million de dollars pour sa capture mort ou vivant, a affirmé avoir arrêté un des proches de M. Kadhafi , Nagi Ahrir, en espérant qu'il les mettra sur sa piste.

Après la fuite en Algérie d'une partie de la famille de Kadhafi, dont sa fille Aïcha et deux de ses fils -Mohamed et Hannibal-, le chef militaire rebelle de Tripoli, Abdelhakim Belhadj, a dit avoir eu au téléphone un autre de ses fils, Saadi, qui "veut rejoindre la révolution". Mais l'intéressé a démenti dans un courriel à CNN.

Les rebelles, qui cherchent à venir à bout des loyalistes dans les derniers bastions du régime, ont donné jusqu'à samedi aux pro-Kadhafi pour se rendre.

"Cette fenêtre d'opportunité expirera à la fin de l'Aïd el-Fitr. A partir de samedi, si une issue pacifique n'est toujours pas en vue, nous pourrons faire la différence militairement", a averti le chef du CNT, Moustapha Abdeljalil.

Les rebelles et pro-Kadhafi s'affrontaient sporadiquement sur la route entre Zliten, à l'est de Tripoli, et Bani Walid, 70 km plus au sud, où Mouammar Kadhafi pourrait se cacher selon la rébellion.

L'Otan a indiqué avoir accentué ses frappes sur Bani Walid et Syrte, l'autre bastion de Kadhafi dans l'ouest, où ce dernier pourrait aussi d'être réfugié. La journée a été calme sur ce front alors que les rebelles se regroupent en vue d'une offensive et que les négociations continuent en vue d'une reddition pacifique.

Mouammar Kadhafi conserve une capacité "à commander et contrôler des troupes, leurs mouvements, et celui d'armes", a estimé l'Alliance atlantique.

Alors que le CNT a appelé la coalition internationale à continuer de le soutenir, l'Otan, qui a joué un rôle de soutien actif aux rebelles, pourrait continuer à faire appliquer l'embargo sur les armes et poursuivre ses vols de surveillance de l'espace aérien, même une fois la guerre terminée, selon des responsables. Sa mission s'achève en principe fin septembre.

Parallèlement à l'aide militaire, une soixantaine de délégations se réunissent jeudi à Paris à la Conférence des "amis de la Libye", à l'initiative de la France, afin d'accompagner les autorités de transition dans leur marche souhaitée vers la démocratie dans ce pays riche en pétrole.

"Il s'agit de rassembler la communauté internationale derrière les nouvelles autorités pour les aider à réussir la transition démocratique et la construction d'une Libye nouvelle", a indiqué la présidence française.

L'Union européenne, en outre, compte lever vendredi une partie de ses sanctions contre des sociétés pétrolières et les ports libyens. La France espère obtenir l'autorisation de débloquer 1,5 milliard d'euros d'avoirs gelés et l'Italie, qui rouvre son ambassade à Tripoli jeudi, a indiqué avoir débloqué 500 millions d'euros. L'Espagne a transféré 16 millions d'euros au CNT.

Enfin, sur le plan humanitaire, Amnesty International s'est alarmé des cas de mauvais traitements par les rebelles de personnes suspectées d'avoir combattu au sein des pro-Kadhafi, en particulier les Africains sub-sahariens.

Près de Tripoli, un millier d'Africains, ouvriers ou cherchant à embarquer illégalement vers l'Europe, sont entassés dans un camp de fortune, se disant désespérés et "terrorisés". Les conditions sont "épouvantables", selon Médecins sans frontières.