«Vers une recomposition de la droite israélienne»

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Interview avec Alain Dieckhoff, directeur de recherche au Ceri (Centre d’Etudes et de Recherches Internationales) et spécialiste du Proche-Orient.

Les élections israéliennes ont vu le parti centriste Kadima l’emporter de justesse. Comment expliquer ce succès en demi-teinte ?

L’explication est liée au manque de campagne et de charisme d’Ehud Olmert. Le remplaçant d’Ariel Sharon au poste de Premier ministre était trop sûr de sa victoire. Mais il ne s’agit pas d’un problème de message politique. Kadima veut poursuivre dans la logique du désengagement des Territoires palestiniens, quitte à agir unilatéralement. Une large majorité d’Israéliens sont d’accord avec ce projet.

Pour qui ont voté la majorité des électeurs tentés par Kadima, mais qui ne voulaient pas voter Olmert ?

Beaucoup ont voté en faveur d’Israël Beiteinou, le parti russophone d’extrême droite. Ce parti recrute au-delà de la communauté russe et attire les Israéliens sensibles à son message nationaliste. D’autres ont voté Shass, le parti orthodoxe. D’autres encore, peu sensibles habituellement aux positions des Travaillistes sur le conflit avec les Palestiniens, ont voté Peretz, le leader de la gauche, pour ses promesses sociales. Mais peu se sont reportés sur le Likoud, le parti traditionnel de la droite israélienne, qui a obtenu un très mauvais résultat.

Pourquoi ?

Le Likoud offre un message embrouillé à l’opinion publique : il se dit à la fois contre l’unilatéralisme, prôné par Kadima, et contre les négociations avec les Palestiniens. Cette élection est une claque pour Benyamin Netanyahou, qui dirigeait la liste Likoud et qui n’a pas réussi à relever le flambeau de la droite dure. Cet échec devrait déboucher sur une recomposition de la droite dont Avigdor Lieberman, le chef d'Israel Beiteinou, va essayer de devenir le nouvel homme fort.

Propos recueillis par Alexandre Sulzer