Les Minutemen guettent les Mexicains à la frontière

©2006 20 minutes

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Arizona

De notre envoyé spécial

C'est leur guerre à eux. Ils se font appeler les Minutemen, nom emprunté aux patriotes de la guerre d'indépendance américaine. Ils sont enseignants, ouvriers, commerçants, souvent retraités, et plus souvent encore vétérans. Depuis un an, ils organisent des « tours de garde » à la frontière mexicaine pour faire le boulot que, disent-ils, Washington ne fait plus : bouter le Mexicain dehors.

Appuyé au pare-chocs d'un pick-up, jumelles en bandoulière, Tony Ford exhibe un énorme 444 Magnum à la ceinture. L'Arizona n'exige aucun permis pour peu que l'arme soit visible. Mais pas question de s'en servir : les Minutemen, soucieux de leur image, s'en tiennent à des règles strictes. S'ils voient un clandestin, ils se contentent de le dénoncer aux gardes-frontières. Une prudence qui leur a réussi : ils sont devenus le symbole de l'inquiétude que soulève l'immigration dans l'opinion. Malgré des portraits peu élogieux dans la presse, une majorité d'Américains a une image positive de ces miliciens du dimanche.

Si Tony Ford passe ses week-ends dans le désert à scruter la frontière c'est, dit-il, à cause du 11 Septembre. « J'ai compris à quel point une frontière poreuse est dangereuse. » Mais l'argument sécuritaire fait vite place à d'autres peurs. « Dans nos magasins, nos écoles, partout, il n'y a plus que des Mexicains. Et eux, contrairement à nos ancêtres italiens, allemands ou norvégiens, ils ne veulent pas s'intégrer », s'emballe Tony. Carmen Mercer, 51 ans, n'est citoyenne américaine que depuis six ans. Née en Allemagne, elle a immigré pour suivre son militaire de mari. Cela ne l'empêche pas d'afficher le zèle des nouveaux convertis. « Ce qui me rend folle, avoue-t-elle, ce sont ces standards téléphoniques où l'on vous dit : “Pour l'espagnol, tapez 1”. »

E. S.-M.