Les attentes et les craintes de quatre Israéliens avant le scrutin

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Un colon : "Ils vont nous mettre dehors"

David Shapira vit avec sa famille dans unemaison à tuiles rouges sur une colline de Cisjordanie. Comme lui, environ 5 000 personnes habitent Bet El, colonie juive en territoire palestinien. Colon militant, David
garde le sourire même si le scrutin le préoccupe : « Tout est joué en faveur de Kadima », regrette-t-il.
Selon le programme du parti créé par Ariel Sharon, toutes les implantations juives de Cisjordanie,
en dehors des gros blocs de peuplement, doivent être évacuées. Plus de 200 000 Israéliens vivent en
territoire palestinien. Bet El est menacée de disparition. « Ils nous ont déjà trahis avec le retrait de
Gaza.On est écoeurés et résignés : si Kadima se lie à la gauche, dans deux-trois ans, ils nous auront mis
dehors ! » Beaucoup de colons refusent encore d’avouer qu’ils songent au départ. « Pourtant,
assure David, l’évacuation est dans toutes les têtes. »

Une mère célibataire : "460 euros par mois pour vivre"

« Vous imaginez ce que c’est ? » Les larmes aux yeux, Rachel raconte sa honte : « quand mon fils rentre en
permission, je n’ai pas de quoi lui faire àmanger ! »A51 ans, Rachel Marchand, d’origine marocaine,
est mère célibataire d’un garçon soldat et d’une adolescente. Elle a toujours vécu à Sdérot, ville pauvre à la frontière de la bande de Gaza, d’où vient le leader travailliste, Amir Peretz. Elle ne trouve plus de travail et vit grâce aux aides publiques, 460 g par mois. « Je vis
dans la petitemaison dema mère : je ne pouvais plus payer mon loyer, raconte-t-elle. Il n’y a pas assez de
chambres,ma fille vit chez une cousine dans une ville voisine et si elle rentre le week-end, elle dort avec moi. » Rachel accuse le candidat du Likoud, Benyamin
Netanyahou : « Avec sa politique de rigueur quand il était ministre des Finances, il n’a fait qu’appauvrir les pauvres. »

Une immigrée d'ex-URSS : "nos voix sont très courtisées"

Il y a vingt ans, les parents d’Olga Barski ont fuiMoscou et se sont réfugiés en Israël avec leurs neuf enfants. Aujourd’hui,Olga a 28 ans, un mari et une petite fille. Les habitants originaires d’ex-URSS
représentent 18% de la population israélienne. Ils ont leur télé, leurs journaux et même un parti, Israël
Beitenou, le seul à voir son score monter dans les sondages. Avec un million demembres, la minorité
russe est courtisée : affiches en cyrillique, spots de campagne sur la chaîne russophone, même le leader
travailliste, Amir Peretz, apprend la langue.«Ces efforts ne servent à rien, analyse Olga.Les Russes vont voter IsraëlBeitenou. C’est un parti raciste. Malheureusement, la plupart des immigrés de l’Est
détestent les Arabes. » Olga, elle, hésite entre vote blanc et abstention. «Il y aura toujours la guerre, aucun parti ne veut vraiment négocier la paix. »

Un Arabe israélien : "Obtenir l'égalité avec les juifs"

« Je demande à Israël de nous donner les mêmes droits qu’aux juifs », explique Ahmed Khatib. Ce père
de cinq enfants vit dans un village de Galilée.Ahmed est arabe israélien, lui préfère dire « Palestinien
d’Israël ». La minorité arabe représente 20%de la population du pays. Il s’agit des Palestiniens restés
en Israël après 1948 et qui ont obtenu la citoyenneté israélienne. Ahmed milite au sein du parti Mouvement arabe pour le changement. Pour lui, « le vote arabe doit être communautaire pour s’imposer à la Knesset et obtenir l’égalité avec les autres citoyens ». Il est fatigué de constater que l’Etat investit plus dans les localités juives et que les Arabes israéliens accèdent peu à la propriété. « Il faut aller chercher l’argent au Qatar pour nos travaux d’urbanisme, se plaint-il.On est Israéliens quand il faut voter. Le reste du temps, on n’est que des Palestiniens dans un Etat juif. »

Céline Bruneau