Inde: Un militant anti-corruption arrêté avant une grève de la faim

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La police a arrêté ce mardi un militant indien anti-corruption de 74 ans qui s'apprêtait à entamer une grève de la faim jusqu'à ce que le gouvernement accepte de durcir un projet de loi en cours d'examen, une nouvelle affaire politiquement sensible.

Depuis des mois, des activistes radicaux utilisent la méthode du «jeûne jusqu'à la mort», inspirée du Mahatma Gandhi, comme moyen de pression politique. Le fort intérêt populaire et médiatique a surpris le gouvernement, qui tente désormais de désamorcer chaque initiative.

Détention provisoire

Anna Hazare a été arrêté vers 7h30 locales (4h heure de Paris) à son appartement de New Delhi par des policiers en civil et placé en détention provisoire. Il a été emmené dans une voiture banalisée, sous les huées d'une foule de partisans venue le soutenir avant son jeûne qui devait débuter dans un parc de la ville.

La veille, la police lui avait interdit d'entamer sa grève de la faim illimitée au motif que le parc n'était disponible que trois jours. Mais le militant avait campé sur ses positions, prenant le risque de se faire arrêter.

«Nous avons placé M. Hazare en détention provisoire jusqu'à ce soir et nous déciderons ensuite de ce que nous allons faire de lui», a déclaré à l'AFP un porte-parole de la police, Rajan Bhagat. Deux autres personnes ont aussi été arrêtées.

98 heures de jeûne en avril

Anna Hazare, ardent admirateur de Gandhi avec qui il partage une certaine ressemblance physique, a entamé son jeûne en détention, ont assuré ses partisans. La police n'a pas confirmé cette information.

Cet homme avait déjà défrayé la chronique en avril en poursuivant sous les flashs des caméras un jeûne de 98 heures qui avait réussi à faire plier le gouvernement pour que des membres de la société civile participent à la rédaction d'un projet de loi durcissant la législation anti-corruption.

Mais après avoir trouvé trop laxiste le texte final, en cours d'examen au parlement, il a décidé de récidiver.

Le jeûne, une tactique anti-démocratique?

Le projet de loi stipule que les citoyens pourront s'adresser à un médiateur de la République pour déposer plainte contre des faits de corruption impliquant des fonctionnaires ou des ministres du gouvernement central, actuellement protégés par la loi.

Le Premier ministre et les plus hauts membres de la hiérarchie judiciaire seront toutefois exemptés d'enquête, ce qui a provoqué la colère de l'opposition et de militants.

Mais pour B.G. Verghese, chroniqueur politique pour plusieurs médias et professeur associé au Centre de recherche en politique à New Delhi, cette tactique du jeûne est profondément anti-démocratique. «Aucun groupe, aucun individu ne peut dicter au parlement ce qu'il doit faire ou alors on est dans un Etat fasciste. Gandhi utilisait le jeûne dans un contexte politique tout à fait différent, où la liberté de la presse n'existait pas et dans une société non démocratique» , a-t-il dit à l'AFP.

Selon lui, «le soutien populaire que reçoit Anna Hazare est un soutien émotionnel. Les gens sont en colère contre la corruption. Moi aussi. Mais le gouvernement ne peut pas autoriser le suicide».

Un «acte barbare» selon l’opposotion

Depuis des mois, le gouvernement est englué dans des scandales de corruption, le plus retentissant étant celui lié à une vente de licences de téléphonie mobile par l'ancien ministre des Télécommunications qui aurait fait perdre au Trésor une somme allant jusqu'à 40 milliards de dollars (27,8 mds d'euros).

Les forces de l'ordre avaient déjà fait avorter une grève de la faim lancée à grand bruit en juin par un célèbre gourou du yoga, Baba Ramdev.

Lundi, le Premier ministre a déclaré que «ceux qui n'étaient pas d'accord avec le projet de loi pouvaient faire valoir leurs vues au sein du parlement, dans des partis politiques ou dans la presse».

L'arrestation de Anna Hazare a toutefois été qualifiée par le principal parti d'opposition, le Bharatiya Janata Party (BJP), d' «acte barbare».