Viktor Iouchtchenko, héros déchu de la «révolution orange»

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Les Ukrainiens votaient dimanche pour élire leur parlement, un scrutin crucial pour l'avenir de la politique pro-occidentale du pays initiée par la Révolution orange, alors que le parti pro-russe était en tête des derniers sondages pré-électoraux.
Les Ukrainiens votaient dimanche pour élire leur parlement, un scrutin crucial pour l'avenir de la politique pro-occidentale du pays initiée par la Révolution orange, alors que le parti pro-russe était en tête des derniers sondages pré-électoraux. — Mykola Lazarenko AFP/pool

Sa coalition électorale Notre Ukraine n'a recueilli que 14% des suffrages aux législatives, dimanche. Portrait d'un héros déchu.

Il porte encore les stigmates de sa lutte pour le pouvoir en Ukraine. A 52 ans, le président Viktor Iouchtchenko présente un visage vieilli, grêlé, avec d’étranges reflets verts, conséquence d’un empoisonnement criminel à la dioxine à l’automne 2004. Avant d’être ainsi frappé, le héros de la « révolution orange » avait la réputation d’être un bel homme, avec son visage carré aux traits fins et réguliers. Mais sa réussite avait visiblement effrayé les partisans de l’ex-président ukrainien Leonid Koutchma.
Il faut dire que Iouchtchenko avait tout de l’homme brillant promis au plus bel avenir. Né en février 1954, dans un village proche de la frontière russe, il devient un banquier talentueux qui se fait connaître à la tête de la Banque centrale ukrainienne dans les années 1990, en maîtrisant avec brio l’inflation. Avec des réticences selon ses proches, il accepte alors le poste de Premier ministre que lui offre le président Koutchma. Là encore, il fait un parcours sans faute, parvient à supprimer le troc et organise des privatisations considérées comme transparentes. Un peu trop d’ailleurs pour les oligarques proches de Koutchma qui le limoge en 2001.
Cet homme aux allures de gendre idéal, consensuel et introverti, qui avait toujours hésité à se lancer en politique se jure alors de revenir. Ce qu’il fait trois ans plus tard, avec un tel succès que sa « révolution orange » inquiète non seulement le pouvoir ukrainien mais aussi le Kremlin, furieux de voir échapper à son influence une ex-république soviétique. Marié à une Américaine, fille d’émigrés ukrainiens, l’actuel président a en effet la tête et le cœur tourné vers l’occident et en particulier l’Union européenne. Un intérêt qui va l’obliger à composer avec ses adversaires. Coincé entre des Européens qui ne veulent pas de lui et des Russes qui lui en veulent, Viktor Ioutchenko n’a en effet pas réussi à s’imposer.

Clémence Lemaistre