Viktor Ianoukovitch, le pragmatique victorieux

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Le leader de l'opposition pro-russe, Viktor Ianoukovitch, battu par M. Iouchtchenko à la présidentielle de 2004, a quant à lui promis de maintenir des relations "mutuellement profitables" avec l'Union européenne.
Le leader de l'opposition pro-russe, Viktor Ianoukovitch, battu par M. Iouchtchenko à la présidentielle de 2004, a quant à lui promis de maintenir des relations "mutuellement profitables" avec l'Union européenne. — Vitaliy Rozvadovsky AFP

 Son parti a est arrivé en tête avec 33% des suffrages aux législatives de dimanche en Ukraine. Portrait d'un ressucité.

Agé de 55 ans, Vikor Ianoukovitch est un géant de près de deux mètres né dans une famille ouvrière du Donbass (Est). Orphelin dès l'âge de 2 ans, cet homme aux manières carrées est condamné à deux reprises, en 1968 et 1970, pour vol ainsi que pour coups et blessures. Des peines annulées par la justice soviétique.
Nommé en 1997 gouverneur du Donetsk, riche région minière et industrielle d'Ukraine, Viktor Ianoukovitch est appelé en novembre 2002 à la tête du gouvernement. Considéré comme successeur désigné du président sortant Léonid Koutchma, il jouit d'un soutien appuyé de Moscou pour faire face à l'opposant pro-occidental Viktor Iouchtchenko.
Viktor Ianoukovitch est sur le point de devenir le nouveau numéro un ukrainien, mais l'annonce de sa victoire après le second tour de la présidentielle de novembre 2004 entaché de fraudes soulève une vague de protestations sans précédent, baptisée Révolution orange. Les résultats du vote sont finalement annulés par la Cour suprême et Viktor Iouchtchenko remporte facilement un nouveau second tour.
Après cette défaite douloureuse, l'avenir politique de Viktor Ianoukovitch semblait compromis et certains observateurs évoquaient la "mort politique" du candidat défait. Mais les problèmes du nouveau pouvoir - un brusque ralentissement de la croissance économique et des disputes incessantes au sein de l'équipe "orange"-, ont donné un nouveau souffle à l'ex-Premier ministre et à son Parti des régions.
Si pour beaucoup en Ukraine il incarne la corruption et l'autoritarisme de l'ancien régime, d'autres voient en lui un dirigeant pragmatique et fort, aux antipodes du président Iouchtchenko, qui adore les réflexions abstraites et les discours sur l'histoire ukrainienne.
Viktor Ianoukovitch a bâti sa campagne sur des promesses d'améliorer la vie des gens "dès aujourd'hui", de "restaurer" de bonnes relations avec la Russie et de faire du russe la deuxième langue d'Etat, une position très bien accueillie dans les régions pro-russes de l'est et du sud.