Tout comprendre sur les émeutes en Angleterre

CONTESTATION Depuis trois nuits, Londres et d’autres villes anglaises sont secouées par des émeutes...

Maud Pierron

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Le quartier de Clapham Junction à Londres a subi des dégradations
Le quartier de Clapham Junction à Londres a subi des dégradations — REUTERS/Stefan Wermuth

Quel est le point de départ des émeutes?
Tout est parti du quartier de Tottenham, dans le nord de Londres, samedi. Environ 200 personnes du quartier se sont réunies, pacifiquement au départ, devant un poste de police local. Ils venaient réclamer des comptes aux forces de l’ordre après la mort de Mark Duggan, un père de famille de 29 ans, qui a été abattu jeudi dernier dans des circonstances encore peu claires par des policiers. Il était soupçonné d’appartenir à un gang et de tremper dans un trafic de drogue. Une enquête est d’ailleurs en cours pour éclaircir ce décès. A l'issue du rassemblement, la foule a jeté des bouteilles et des projectiles en direction des policiers avant de saccager des véhicules, des bâtiments et des magasins du quartier. Les policiers, surpris, n’ont pas vraiment réussi à s’opposer à ces émeutes qui ont continué dans la nuit de dimanche et de lundi, en s’étendant à plusieurs quartiers de Londres et à d’autres villes.

Quels quartiers et quelles villes sont touchés?
Tout Londres, une ville dix fois plus étendue que Paris, n’est pas touchée par les émeutes. Seuls certains quartiers, les plus défavorisés, connaissent des nuits très agitées: au nord de la capitale, Tottenham donc, mais aussi Enfield, Walthamstow, Hackney et Islington. Au sud, dans le quartier de Brixton, Peckham et Croydon. Mais de jeunes émeutiers ont aussi fait de brèves incursions dans le Londres touristique: à Oxford Circus et Camden. En trois jours, les émeutes ont gagné d’autres villes anglaises: Bristol, à l’ouest de Londres, Birmingham, au nord de Londres et encore plus au nord, Liverpool.

Quel est le bilan des émeutes?
Pour ce qui est des dégâts matériels, difficile de le connaître pour le moment mais l’addition devrait être très salée pour les assureurs et la ville de Londres. Selon un bilan de la police londonienne, quatorze personnes ont été blessées depuis samedi dans les émeutes, dont un homme ce mardi, très grièvement. Un jeune de 26 ans est mort ce mardi après avoir été blessé par balle lundi dans le quartier de Croydon. Quelque 44 policiers ont été blessés selon Scotland Yard et plus de 200 personnes ont été arrêtées depuis samedi soir, dont trois sont soupçonnées de tentative de meurtre contre un policier qui a été blessé.

Comment réagissent les forces de l’ordre?
Les habitants des quartiers touchés sont très critiques envers la MET, la police londonienne, dont l’image est déjà très altérée par l’affaire des écoutes illégales. A leur sens, les forces de l’ordre sont soit absentes, soit inefficaces. Certains réclament même que l’armée intervienne. Une idée balayée par le gouvernement. Reste que les policiers anglais, par tradition, sont peu armés. Lundi soir, des véhicules blindés étaient déployés pour la première fois dans le nord de Londres mais la plupart des «Bobbies» n’ont que des matraques. Les débats tournent désormais sur l’éventualité d’armer les policiers de pistolets à balles en caoutchouc. Stephen Kavanagh, l’un des responsables de Scotland Yard, a admis que la police y réfléchissait mais qu’elle n’allait pas jeter 180 ans de culture de maintien de l’ordre ainsi.  

Que fait le gouvernement?
Rentré précipitamment de vacances ce mardi, David Cameron, le Premier ministre britannique, a annoncé avoir fait annuler les congés de tous les policiers de la MET, la police londonienne. Quelque 16.000 hommes seront ce mardi soir dans les rues de la capitale, contre 6.000 la nuit dernière. Compte tenu de la situation, le chef du gouvernement a décidé de suspendre les vacances parlementaires pour rappeler le Parlement en séance.

Le rôle des réseaux sociaux?
Les réseaux sociaux, tout comme BlackBerry avec son application de messagerie instantanée, ont été pointés du doigt par les autorités: de nombreux émeutiers se sont données rendez-vous par ces biais. Un élu a même demandé la suspension momentanée de la messagerie instantanée de BlackBerry. Le groupe s’y est opposé mais a proposé de collaborer avec la police. En retour, des hackers ont menacé RIM de pirater leur site s’ils collaboraient avec la police.

Le mouvement peut-il durer?
Pour Nick Clegg, ce mouvement est «une vague de violence gratuite», qui n’a «absolument rien à voir avec la mort de Mark Duggan». Mais certains commentateurs mettent en relief le manque d’intégration et le peu de perspectives économiques pour les jeunes dans les quartiers touchés. «C'est triste de voir tout ça. Mais ces gamins n'ont pas de boulot, pas d'avenir et les coupes budgétaires n'ont fait qu'empirer la situation (...) Ce n'est que le début», explique Adrian Anthony Burns, un électricien de 39 ans cité par Reuters. «Ce qui ressort de tout cela est le même mécontentement des jeunes, qui sont les seuls à avoir l'énergie de descendre dans la rue et de participer à des émeutes. Et pas seulement en Grande-Bretagne», note Louise Taggard, spécialiste de l'Europe chez AKE, une entreprise de consultants de Londres. «Si les autorités ne règlent pas les problèmes à l'origine du mécontentement, elles courent le risque de voir le mouvement prendre de l'ampleur», prévient-elle.

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