Libye: Le régime dément la mort d'un des fils de Kadhafi

CONFLIT Les rebelles ont assuré qu'il était mort dans un raid de l'Otan...

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L'un des fils de Mouammar Kadhafi, Khamis (à gauche), salue la foule le 29 mars 2011 à Tripoli (Libye).
L'un des fils de Mouammar Kadhafi, Khamis (à gauche), salue la foule le 29 mars 2011 à Tripoli (Libye). — LIBYAN TV / REUTERS

Le régime libyen a démenti vendredi après-midi que Khamis Kadhafi, l'un des fils du «Guide» de la Révolution, a été tué dans la nuit de jeudi à vendredi dans un raid mené par l'Otan, comme l'ont annoncé les rebelles. Le régime a dénoncé «un coup tordu» des rebelles.Annoncée par la rebellion ce vendredi matin, l'information n'a pas été confirmée par l'Otan.

Sixième fils de Mouammar Kadhafi, Khamis dirige la 32e brigade de l'armée. Son frère, Seïf el-Arab, avait été tué par un bombardement de l'Otan en avril dernier à Tripoli. 

Un pipeline saboté par les rebelles

Plusieurs puissantes explosions ont secoué très tôt vendredi la capitale libyenne survolée par des avions, a constaté un journaliste de l'AFP. Une dizaine de détonations successives ont retenti dans la ville vers 1h30. La télévision libyenne a indiqué peu après que «des sites civils et militaires» à Khellat Al-Ferjan, dans la banlieue sud-est de la capitale, ont été «les cibles de raids de l'agresseur colonialiste croisé».

De leur côté, les rebelles ont saboté un pipeline dans la région de djebel Nefoussa (sud-ouest de Tripoli) alimentant la seule raffinerie encore en activité du pays, a indiqué jeudi soir le vice-ministre libyen aux Affaires étrangères Khaled Kaaim. «Les rebelles ont fermé une valve du pipeline et ont versé dessus une grande quantité de béton armé dans la région d'Al-Rayaniya», a déclaré Khaled Kaaim lors d'une conférence de presse, faisant état d'une pénurie d'électricité dans Tripoli et ses environs. Selon lui, le pipeline alimente la raffinerie de Zawiyah (50 km à l'ouest de Tripoli) en gaz et fuel, utilisés par la suite pour générer l'électricité.

Un pétrolier piraté

Plusieurs habitants des banlieues de la capitale ont fait état jeudi à l'AFP de coupures de plus en plus fréquentes d'électricité, durant plusieurs heures, ainsi qu'une pénurie de bombonnes de gaz de cuisine, s'ajoutant à celle du carburant. Il a indiqué par ailleurs que l'Otan a bombardé une turbine à gaz dans la même région ainsi qu'une station de haute tension à Jefara (sud-ouest de Tripoli).

Khaled Kaaim a également dénoncé l'«opération de piratage» d'un pétrolier appartenant au régime qui était en route vers Tripoli avec à son bord, selon lui, 39.000 tonnes de carburant. Il a indiqué qu'à cause de la pénurie d'électricité, plusieurs médicaments et produits alimentaires sont désormais périmés, jugeant que l'Otan «souhaite créer une crise humanitaire en Libye».

L'Otan  a aidé au piratage?

Le pétrolier, le «Carthagène», a accosté jeudi à la mi-journée dans le port de Benghazi, dans l'est de la Libye, les rebelles à bord affirmant avoir saisi ce bateau au large de Tripoli. Le navire de près de 200 mètres de long est venu immédiatement accoster sur le quai réservé au débarquement de produits pétroliers, à quelques dizaines de mètres d'un autre tanker libyen, le Anwar Afriqya, lui aussi capturé en mer à la mi-mars par les rebelles.

L'opération s'est déroulée «avec l'aide de l'Otan» qui déploie actuellement 17 navires en Méditerranée pour faire respecter l'embargo sur les armes décrétée par l'ONU contre la Libye, a affirmé un officier rebelle ayant participé à l'arraisonnement, sans préciser les circonstances précises de l'arraisonnement. «Nous n'avons pas eu à faire usage de la force, les menaces ont suffi», a-t-il assuré, ajoutant que l'opération avait été menée du côté rebelle depuis le Nour, un bateau ravitailleur d'une cinquantaine de mètres basé à Benghazi.

Une centaine de migrants morts en mer

Un porte-parole de l'Otan à Naples a de son côté affirmé que le Carthagène avait été intercepté par l'Alliance atlantique mais autorisé à poursuivre sa route vers Benghazi après que le commandant eut répondu à une série de questions. Selon Khaled Kaaim, des forces spéciales françaises et britanniques ont participé à l'opération. La perte de ce navire est un coup dur pour Tripoli alors que la question du carburant devient cruciale des deux côtés du front en Libye où le soulèvement populaire entamé il y a six mois s'est transformé en conflit armé.

Depuis le début des affrontements, des milliers de personnes, pour la plupart des travailleurs immigrés venant d'Afrique ou des réfugiés des conflits de la région, ont embarqués depuis les côtes libyennes pour rejoindre Lampedusa, une petite île à mi-chemin entre les côtes africaines et la Sicile. Jeudi, une centaine de migrants sont morts au cours de la traversée et leurs corps ont été jetés à la mer, selon une rescapée marocaine citée par l'agence italienne Ansa.

Le CNT doit gérer la mort du général Younès

Sur le terrain militaire, le centre de Zliten, verrou stratégique à 150 km de la capitale, était jeudi sous contrôle des forces pro-Kadhafi, a constaté l'AFP au cours d'un déplacement organisé par le régime, qui a accusé l'Otan d'avoir tué une femme et ses deux enfants dans un raid aérien sur une maison dans l'ouest de la ville. Des tirs d'artillerie étaient audibles en direction de l'est de Zliten où, selon les habitants, la ligne de front serait fixée entre 10 à 15 km.

A Benghazi, le Conseil national de transition (CNT), l'organe politique de la rébellion, tentait toujours jeudi de gérer les conséquences de l'assassinat de son chef d'état-major, le général Abdel Fatah Younès, et de contenir le mécontentement de certains acteurs politiques locaux.