Une «marche des salopes» contre les violences sexuelles en Inde

VIDÉO près Séoul et Londres, au tour de New Delhi d'accueillir ce type de manifestation...

© 2011 AFP

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Capture d'écran d'une vidéo de l'AFP sur la «marche des salopes» de New Dehli, le 31 juillet 2011.
Capture d'écran d'une vidéo de l'AFP sur la «marche des salopes» de New Dehli, le 31 juillet 2011. — 20MINUTES.FR

C'est une première en Inde. Des centaines de femmes étaient attendues ce dimanche à New Delhi pour une «marche des salopes», visant à alerter l'opinion sur la hausse inquiétante du nombre d'agressions sexuelles et l'accroissement du sentiment d'insécurité. L'appel à la mobilisation a été lancé par une étudiante en journalisme de 19 ans, Umang Sabarwal, persuadée que l'heure est venue pour les femmes de s'exprimer publiquement sur ce qu'elles ont longtemps passé sous silence.

«Même si on se couvre de la tête aux pieds avec un sari ou une burqa, on est agressée et violée»

Cette «marche des salopes», calquée sur celles déjà organisées à Séoul, Londres ou Boston, vise à défiler en tenue volontairement provocante pour défier l'idée selon laquelle les victimes d'agressions sexuelles ne doivent s'en prendre qu'à elles-mêmes. «En Inde, même si on se couvre de la tête aux pieds avec un sari ou une burqa, on est agressée et violée», assure Umang Sabarwal. «Si nous sommes prises pour victimes, on estime qu'on l'a bien cherché», résume la jeune femme.

Cette semaine, une affaire qui a fait grand bruit dans les médias a illustré les risques auxquels les femmes sont confrontées chaque jour à New Delhi. Deux jeunes femmes rentraient chez elles après leur travail dans une boîte de nuit avec deux de leurs cousines lorsque des jeunes gens ivres qui fêtaient l'acquisition récente d'une voiture ont commencé à suivre leur taxi, le forçant à s'arrêter. Deux hommes ont alors traîné l'une des jeunes femmes hors du taxi, l'ont fait monter dans leur voiture puis ont démarré en trombe. Au terme d'une course poursuite de plus d'une heure avec la police, la jeune femme, 24 ans, a pu être relâchée.

Selon les chiffres de la police, la capitale fédérale figure désormais en tête des villes les moins sûres du pays, avec 258 affaires de viols ou agressions recensées depuis juin dernier. Selon une étude menée en 2010 par la municipalité de Delhi, les Nations unies et le groupe de défense des droits de la Femme Jagori ("Femmes, réveillez-vous" en hindi), 85% des femmes craignent d'être harcelées et 45% évitent de sortir seules lorsqu'il fait déjà nuit.

«Eviter de s'habiller comme des traînées»

«Ne pas être libre de faire ce qu'on veut est la pire oppression que l'on puisse imaginer», s'insurge Prabhleen, une militante au sein de l'association Jagori qui préfère ne donner que son prénom. «On nous rappelle constamment qu'en tant que femme, on doit faire attention aux endroits où l'on se rend, à quel moment on y va, comment et si nos habits sont les bons», se lamente-t-elle. La rapide croissance économique de l'Inde a permis aux femmes de s'émanciper sur le plan professionnel et personnel, en ayant par exemple des relations sexuelles avant le mariage, même si ces changements se sont surtout produits au sein de la classe moyenne des grandes villes.

Mais les femmes considérées comme modernes et indépendantes se plaignent d'être vues par les hommes comme des femmes «faciles». «C'est typiquement la mentalité indienne», réagit Poonam Mehra, une journaliste dans une agence de presse nationale. «Les hommes ont l'habitude de voir les femmes à la maison, alors les voir travailler et vivre par elles-mêmes blessent leur ego». La «marche des salopes» a été critiquée en Inde, certains dénonçant le choix des termes, scandaleux pour une partie de l'opinion conservatrice.

Cette marche est un mouvement né au Canada en réaction aux déclarations d'un policier de Toronto, Michael Sanguinetti, qui, lors d'une conférence devant des étudiants, avait conseillé aux femmes d'«éviter de s'habiller comme des traînées si elles ne voulaient pas se faire agresser».