Royaume-Uni: Ouverture de l'enquête publique sur le scandale des écoutes

© 2011 AFP

— 

L'enquête publique britannique chargée de faire toute la lumière sur le scandale politico-médiatique des écoutes et de tirer les leçons en matière de protection de la vie privée, a été officiellement ouverte ce jeudi à londres. Présidée par Brian Leveson, l'un des juges les plus haut placés du Royaume-Uni, la commission de six membres s'est réunie pendant quelques heures mais débutera réellement ses auditions en septembre. Elle est censée rendre ses conclusions d'ici un an, et travaillera parallèlement à l'enquête policière qui s'est déjà soldée par dix interpellations.

L'enquête s'est vue assigner une double mission par le Premier ministre David Cameron: déterminer les responsabilités dans le scandale des écoutes, mais aussi «enquêter sur la culture, les pratiques et l'éthique de la presse» afin de recommander les modifications souhaitables pour mieux garantir le «respect de la vie privée», a rappelé le juge Leveson.

Un réexamen qui risque d'écorner le «droit du public à être informé»

Les patrons de presse craignent cependant que le réexamen n'écorne le sacro-saint «droit du public à être informé». C'est lui qui garantit un journalisme d'investigation universellement reconnu. Mais lui également qui a été invoqué dans le passé pour excuser nombre de dérives, particulièrement de la part des tabloïds lancés dans une chasse aux scoops permanente, à la conquête de millions de lecteurs. «On n'échappera pas à un débat sur les limites de la notion d'intérêt public», a prévenu le juge Leveson.

Le dominical News of the World (NotW), appartenant à la branche britannique du groupe News Corp du magnat Rupert Murdoch, est celui par qui le scandale est arrivé. Brusquement fermé début juillet, il est soupçonné avoir écouté ou lu les messageries de près de 4.000 personnes depuis le début des années 2000.

La révélation qu'un détective à la solde du NotW aurait piraté le portable d'une écolière de 13 ans assassinée, avait suscité la révulsion générale début juillet. Jeudi, Sara Payne, la mère d'une autre fillette assassinée par un pédophile, a appris que son numéro de téléphone figurait aussi sur les listes du «privé». Rupert Murdoch et son fils James, n°3 du groupe de presse international, entendus la semaine dernière par une commission parlementaire, sont visés au premier chef. Cependant James -un temps menacé- a été confirmé jeudi dans ses fonctions à la tête du bouquet satellitaire BskyB.

Toutes sortes de «pratiques discutables»

Le juge Leveson a rappelé que bien d'autres médias étaient soupçonnés de toutes sortes de «pratiques discutables», dont l'usurpation d'identités et le recours à des caméras cachées pour obtenir des exclusivités. Au banc des accusés figure aussi Scotland Yard, au mieux pour incompétence dans son début d'enquête sur les écoutes et au pire pour corruption. Des policiers véreux auraient vendu des informations à des journalistes indélicats.

Les politiques ne sont pas épargnés, à commencer par le Premier ministre auquel il est reproché d'avoir hier succombé aux «liens incestueux» avec les médias, qu'il dénonce aujourd'hui. M. Cameron est disposé à témoigner pour justifier ses fréquentes (26) rencontres avec M. Murdoch ou ses lieutenants, et expliquer sa décision d'avoir embauché comme directeur de sa communication Andy Coulson, ex-rédacteur en chef du NotW rattrapé par le scandale.

Dans le souci d'écarter tout soupçon de conflit d'intérêt, les membres de la commission -qui comprend notamment un militant des droits de l'Homme, un haut responsable de la police, deux journalistes et un ancien président du Financial Times- ont exposé ce jeudi dans un document leurs relations passées avec le monde des médias. C'est ainsi que le juge Leveson a «avoué» sa participation à deux dîners au domicile d'Elisabeth Murdoch, fille de Rupert. Les auditions seront publiques, de sorte que l'affaire promet de faire les gros titres pendant les mois à venir.