Attentat d'Oslo: Un terrorisme d'extrême droite est-il en train d'émerger en Europe?

ANALYSE Le jeune Norvégien a professé sa haine du multiculturalisme...

Anne-Laëtitia Béraud

— 

Un homme blessé est secouru après l'explosion qui a ravagé le centre d'Oslo, le 22 juillet 2011.
Un homme blessé est secouru après l'explosion qui a ravagé le centre d'Oslo, le 22 juillet 2011. — REUTERS/Per Thrana

>> Lire «L'extrême droite européenne sur la défensive après les attaques en Norvège»

Anders Behring Breivik, auteur présumé de l’attaque à la bombe au cœur d’Oslo et de la fusillade sur l’île d'Utoya, est présenté comme membre d'un club de tir, franc-maçon et ancien adhérent d'un parti populiste par la police.

Dans sa profession de foi intitulée «Déclaration d’indépendance européenne», le jeune Norvégien a longuement exposé son idéologie mêlant défense de l’identité européenne et haine du multiculturalisme ainsi que de l’islam.

Peut-on voir, dans ces attaques, l’émergence d’un terrorisme d’extrême droite en Europe? «On pourrait parler d’une réémergence», analyse Sylvain Crépon, chercheur associé au laboratoire Sophiapol de l’université Paris Ouest Nanterre. «Historiquement, en France, il y a déjà eu l’Organisation armée secrète (OAS), qui représente un type de terrorisme d’extrême droite, spécifique à la décolonisation, qui rassemblait des individus bien intégrés dans la société.»

Un terrorisme marqué idéologiquement à droite, contrairement aux mouvements terroristes révolutionnaires européens des années 1970, tels que Action directe ou les Brigades rouges italiennes.

Une nouvelle idéologie

Entre la guerre d’Algérie (1954-1962) et 2011, le terrorisme d’extrême droite a toutefois bien changé. Si auparavant, la socialisation entre les individus était très forte dans ces mouvements, aujourd’hui les actes terroristes «peuvent être le fait d’une seule personne qui se socialise virtuellement, grâce à Internet et à ses multiples manuels du parfait terroriste», continue le chercheur.

L’idéologie invoquée par Anders Behring Breivik pour justifier les attaques de vendredi apparaît comme un autre élément singulier, selon Sylvain Crépon. «Vous verrez des attitudes ambivalentes, avance Sylvain Crépon. Les militants d’extrême droite se posent en défenseurs des valeurs libérales et démocratiques, de la défense des homosexuels par exemple, et c’est ce qui motive leur islamophobie.»

Un acte isolé qui pourrait servir d’exemple?

D’après le chercheur, le terreau politique et social en Europe serait aujourd’hui favorable à la progression des idées d’extrême droite. Pour autant, selon lui, l'attaque de grande ampleur reste marginale. «Les violences des groupes d’extrême droite se sont caractérisées par des violences qui frôlent la délinquance, comme des lynchages ou des actes isolés, comme ce Maghrébin (Brahim Bouarram) jeté dans la Seine en marge du défilé du FN en mai 1995

Et le chercheur d’ajouter: «Le type d’attaque qu’a connu la Norvège me fait plus penser à l’attaque d'Oklahoma City en 1995» –où un militant américain d'extrême droite, Timothy McVeigh, avait tué 168 personnes en faisant exploser un véhicule piégé devant un bâtiment fédéral.

«En toute logique, le cas de la Norvège devrait rester un acte isolé, le fait d’un malade pathologique, bien connecté avec les réalités politiques actuelles. Cependant, nul ne peut affirmer que ce norvégien ne donnera des idées à certains individus en déshérence.»