Affaire DSK: Cyrus Vance Jr., un procureur dans la tourmente

JUSTICE En poste depuis à peine 18 mois, le procureur de Manhattan commence à faire l'unanimité contre lui. Une mauvaise trajectoire pour une réélection en 2013...

Bérénice Dubuc

— 

Cyrus Vance Junior, avocat général du comté de New York (le 1er mars 2011)
Cyrus Vance Junior, avocat général du comté de New York (le 1er mars 2011) — REUTERS/Mike Segar

De notre envoyée spéciale à New York

La journée de vendredi et ses révélations dans l’affaire DSK n’ont pas seulement marqué la disgrâce médiatique de l’accusatrice, Nafissatou Diallo, mais aussi celle du procureur de Manhattan, Cyrus Vance Jr. Son bureau a déjà connu plusieurs revers alors qu’il n’est en poste que depuis 18 mois, et ce nouvel échec pourrait bien lui être fatal.

«Il va être jugé sur les différentes affaires qu’il a perdues, et notamment sur l’affaire DSK», confirme Pierre Hourcade, avocat au barreau de New York, de Californie et de Paris. «Il joue très gros dans les jours qui viennent, c’est son avenir politique qui est en jeu.» Non seulement sa réélection comme procureur en 2013, mais aussi son ambition de briguer la mairie de New York.

Ces derniers jours, ce sont en effet ses échecs que les journaux new-yorkais ont retenus, principalement les affaires dans lesquelles ses services ont échoué à obtenir une condamnation, soulignant le manque d’application apporté à certains dossiers.

Obsédé par les affaires qui lui font de la publicité

Sa façon de manager ses équipes est également remise en question. Les médias soulignent le renvoi de Lisa Friel, la responsable du département des crimes sexuels de la police new-yorkaise, à qui il avait retiré l’affaire DSK pour la confier à des adjoints non spécialisés dans les agressions sexuelles.

Des collaborateurs ont par ailleurs indiqué au New York Times le penchant de Cyrus Vance pour les affaires susceptibles de lui apporter un maximum de publicité, le cas DSK en étant un parfait exemple. Les médias se demandent ainsi si l’arrestation de l’ex-patron du FMI n’a pas été précipitée.

Mais, pour Pierre Hourcade, le procureur ne s’est pas «emballé» dans l’affaire DSK. «On ne peut pas dire qu’il a traité ce dossier de façon anarchique ou négligente. Il s’est d’abord basé sur le témoignage de la victime pour l’inculper, et a ensuite creusé pour confirmer ce témoignage. Ce qui est  étonnant, c’est le temps qu’ont mis ses services à trouver ces informations.»

Un abandon des charges contre DSK, la solution la moins dommageable?

Car il faut mettre au crédit du procureur que ce sont ses propres enquêteurs qui ont trouvé les éléments mettant en doute la crédibilité de Nafissatou Diallo, pas ceux de la défense de DSK. La preuve d’une véritable volonté de rendre la justice, ou un coup magistralement anticipé sur les découvertes qu’auraient faites tôt ou tard les enquêteurs de la défense?

«Il a coupé l’herbe sous le pied de la défense, et cela rajoute à sa crédibilité, répond Pierre Hourcade. Désormais, s’il décide d’abandonner les charges, il pourra dire que justice a été faite. Ce ne sera pas fabuleux pour lui, mais au moins, il aura fait son boulot.»

Il peut aussi décider de poursuivre l'affaire, mais à quel prix? «La décision revient au procureur. Malgré les mensonges de la victime, s’il pense qu’elle a tout de même été violée, il peut décider de poursuivre. Et faire un pari risqué pour sa réélection.»