Libération de Taponier et Ghesquière: «Tant qu'on ne les a pas dans les bras, ce n'est pas concret»

REPORTAGE Les deux ex-otages ont été chaleureusement accueillis par leur comité de soutien...

Faustine Vincent

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Le journaliste de France 3 Hervé Ghesquiere félicité par ses collègues à son arrivé dans les locaux de France Télévisions le 30 juin 2011.
Le journaliste de France 3 Hervé Ghesquiere félicité par ses collègues à son arrivé dans les locaux de France Télévisions le 30 juin 2011. — REUTERS/Gonzalo Fuentes

De notre envoyée spéciale à Villacoublay

L’avion qui ramenait Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière s’est posé ce jeudi en toute discrétion à 8h45 sur la base de Villacoublay. Loin des caméras et de la quarantaine de membres du comité de soutien. «Il vient d’atterrir, on n’a rien vu, on est très frustrés», lance la porte-parole du comité, Patricia Philibert. Interdiction de filmer l’atterrissage. Consigne de l’Elysée, glissent certains. Souhait des familles, assure-t-on au ministère de la Défense. Du retour très attendu en France des deux journalistes de France 3, il n’y a donc d’abord eu que les images prises à la dérobée par TF1, où l’on distingue notamment Nicolas Sarkozy, venu accueillir ceux dont il avait dénoncé «l’imprudence coupable».

«C’est un moment très fort»

Les deux Français ont retrouvé leurs familles à l’abri des regards, dans le salon d’honneur de la base militaire. A 200m de là, le comité de soutien guette l’arrivée de leur ami ou collègue. Ils apparaissent enfin. Applaudissements et embrassades émues.

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Pendant un an et demi, Meri Santi, une amie de Stéphane Taponier, avait «mis sa vie en stand-by». Elle savoure aujourd’hui ces retrouvailles. «C’est un moment très fort. Tant qu’on ne les a pas dans les bras, ce n’est pas concret. Là, il y a une grande émotion à les retrouver physiquement», confie Pascale Justice, journaliste à France Télévisions.

Les deux reporters sont certes amaigris, mais en forme et volubiles. Lors de leur conférence de presse commune, Hervé Ghesquière multiplie les plaisanteries. Ils affirment «aller bien», malgré les «quelques petits problèmes de santé» d’Hervé.

«Ni menacés, ni maltraités»

Les deux hommes, séparés au bout de trois mois de captivité, expliquent n’avoir été «ni menacés, ni maltraités», mais ont vécu «enfermés toute la journée» dans un «cocon opaque». Pour tenir pendant ces 547 jours, ils se sont efforcés de «structurer leurs journées». Stéphane faisait des exercices physiques pour évacuer le stress, Hervé tenait un journal de bord, que ses ravisseurs lui ont confisqué à la fin, «pour éviter que ça sorte».

«On s'était dit au début qu'il fallait garder le moral, raconte Stéphane.» Les journalistes de France 3 évoquent aussi les espoirs déçus quand on leur a fait miroiter, à plusieurs reprises, une libération. «On connaît et on s’y habitue», confie Stéphane.

Des deux, c’est le seul à avoir eu vent, via RFI, de la mobilisation en France pour les soutenir. Hervé écoutait la BBC, «dont la politique est de garder le silence sur les otages tant qu’ils ne sont pas libérés». Pendant des mois, il n’a donc eu «aucune nouvelle», jusqu’à ce qu’un petit mot de Stéphane lui parvienne pour le prévenir qu’une soirée de soutien avait été organisée au Zénith. «Je me suis dit: “C’est dingue. Si on reste quelques mois de plus, ce sera le stade de France?”» Il ajoute aussitôt avoir «une pensée pour les autres otages et ceux qui ont été abattus».

Réponse à Sarkozy

A l’issue de la conférence de presse, Loïc Le Moigne, journaliste à France 3 venu à Villacoublay pour les accueillir, est «soulagé» et «content de voir qu’ils rigolent et qu’ils ont l’air d’aller bien». Content aussi de savoir qu’ils n’ont pas subi de mauvais traitements. «C’était notre peur», confie-t-il. Il rappelle aussi la «grosse bagarre» autour de la communication. «Fallait-il garder le silence? Sous l’influence de Florence Aubenas, on a décidé de communiquer, d’envoyer des messages à la radio. Et là, ils disent que c’était important pour eux», se réjouit-il. 

Jeudi après-midi, Hervé Ghesquière a tenu à répondre au chef de l’Etat, qui les avait qualifiés d’«imprudents». «On n'est pas allés à l'aventurette, comme ça, pour risquer nos vies, mettre en péril des gens qui ont travaillé pour notre libération. Non», a-t-il martelé devant le personnel de France Télévisions. «On n'a pas eu de chance. On était bien préparé, on a pris le minimum de risque possible […] Le risque zéro n’existe pas», a rappelé celui qui affirme avoir, «plus que jamais», l'envie de faire ce métier.