Ex-otages en Afghanistan: Comment expliquer leur libération?

OTAGES Quatre facteurs principaux peuvent expliquer la libération d'Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier...

Bérénice Dubuc

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Les journalistes de France 3 Hervé Ghesquière (à droite) et Stéphane  Taponier lors d'une conférence de presse sur le tarmac de la base de Villacoublay, près de Paris, le 30 juin 2011. 
Les journalistes de France 3 Hervé Ghesquière (à droite) et Stéphane Taponier lors d'une conférence de presse sur le tarmac de la base de Villacoublay, près de Paris, le 30 juin 2011.  — REUTERS/Gonzalo Fuentes

Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier ont été libérés mercredi après dix-huit mois de captivité en Afghanistan. Cinq cent quarante-sept jours durant lesquels les tractations ont été intenses pour permettre de les libérer. De multiples facteurs entrent en ligne de compte pour expliquer qu’ils aient enfin retrouver la liberté, dont quatre émergent plus nettement.

Le retrait des soldats de l’alliance

Plusieurs commentateurs, spécialistes ou non de l’Afghanistan et du terrorisme, ont très vite fait le rapprochement entre la libération des deux otages français et l'annonce, la semaine dernière, du retrait partiel des troupes françaises d’Afghanistan.«Loin de moi l'idée de dénigrer tel ou tel effort du gouvernement, mais il y a un contexte international qui a facilité cette libération, avec notamment l'annonce du retrait des troupes françaises d'Afghanistan», a ainsi déclaré Ségolène Royal.

Gérard Challiand, spécialiste des conflits et du terrorisme, a pour sa part expliqué sur France Info que «ces otages étaient en quelque sorte la punition de l’intervention française», et que leur libération est «une sorte de prime au retrait des troupes étrangères».

Cependant, le ministère des Affaires étrangères se refuse à faire ce lien: «Il s'agit de l'aboutissement d'un long travail. Le temps des Afghans n'est pas le nôtre», a indiqué à 20Minutes le porte-parole du Quai d'Orsay, Bernard Valéro, sous-entendant que le dénouement de l'affaire serait à chercher en amont de l'annonce du retrait des troupes. Idem du côté d’Hervé Morin, l’ancien ministre de la Défense: «Je n'y crois pas un seul instant.»

La mort de Ben Laden

En revanche, Hervé Morin considère qu'il peut «y avoir un lien entre la mort d'Oussama ben Laden et la libération des otages. Ce n'est pas impossible.» Gérard Longuet, l'actuel ministre de la Défense, avait estimé en mai dernier que le décès du chef d'Al-Qaida pourrait jouer «positivement» dans les tractations pour libérer Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier.

Même son de cloche du côté de Pierre Servent, spécialiste des questions militaires, qui relativise cependant: «Peut-être la mort de Ben Laden a-t-elle eu une incidence, mais sûrement pas décisive non plus.» Il indique que «dans ce type de libération, de multiples facteurs entrent en ligne de compte, entre pressions et négociations. Ces dernières se poursuivaient et n’arrivaient pas à déboucher», peut-être du fait des revendications locales du chef de guerre qui les détenait, avance-t-il.

Les pertes des talibans

Et, en effet, selon l’envoyé spécial de Paris Match, Michel Peyrard, qui a suivi les négociations côté talibans, les négociations se sont accélérées ces derniers jours car Qari Baryal, le commandant qui retenait Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier en Kapisa, voulait «solder au plus vite» cette «affaire». Raison de cet empressement: «Il estime qu’il devient trop dangereux pour lui et pour ses hommes de garder les deux prisonniers», explique son émissaire au journaliste. «Nous avons déjà perdu plusieurs combattants, tués ou blessés lors de bombardements ciblés qui suivaient de peu des prises de contact», au cours desquelles les talibans exigeaient la libération de certains des leurs emprisonnés par le gouvernement Karzaï et une compensation financière.

Le versement d’une rançon et la libération de prisonniers

Car si Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères, a affirmé mercredi soir que «la France ne paie pas de rançon», dans les faits, il semblerait bien qu’un échange pécuniaire ait eu lieu. Une rançon «de quelques millions d'euros» a bien été versée aux talibans, selon un consultant pour la chaîne BFM TV, de «quelques centaines de milliers d'euros», selon une source diplomatique citée par Le Monde. Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier eux-mêmes ont indiqué ce jeudi matin à leur arrivée à Villacoublay: «On savait qu'on ne risquait pas notre vie dès le début, on représentait de l'argent», a déclaré Stéphane Taponier. «On n'a pas été menacés, car on ne détruit pas sa tirelire», a ajouté son confrère.

De plus, plusieurs prisonniers talibans détenus par les services secrets afghans ont été libérés, comme le confirme un communiqué de l'Emirat islamique d'Afghanistan, les rebelles talibans. Deux, selon le quotidien français, qui précise qu’à l’origine, les talibans voulaient la libération de 200 des leurs, puis de 25. Selon Le Monde, c’est le président afghan, Hamid Karzaï, qui a pris la décision d’accepter cet échange, contre l’avis de son entourage, car il «l'avait promis à Sarkozy».