Afghanistan: Pourquoi la France suit les Etats-Unis

ARMÉE n quart des forces françaises vont être concernées par le retrait annoncé ce jeudi...

Alexandre Sulzer

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Des soldats de l'armée américaine patrouillent dans le village de Chariagen, dans la province de Kandahar, en Afghanistan, le 22 juin 2011.
Des soldats de l'armée américaine patrouillent dans le village de Chariagen, dans la province de Kandahar, en Afghanistan, le 22 juin 2011. — no credit

«In together, out together». Quelques heures à peine après que Barack Obama a annoncé le début du retrait des forces américaines d’Afghanistan, l’Elysée a indiqué mercredi soir que la France «engagera un retrait progessif de renforts (...) de manière proportionnelle et dans un calendrier comparable au retrait» américain.

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En réalité, un quart des forces françaises, et non un tiers comme c’est le cas pour les Américains, seront concernées par ce désengagement, qui se traduira par un transfert de responsabilités à l’armée nationale afghane (ANA). Un retour à la maison parce que le job a été fait ou parce que le théâtre se révèle trop meurtrier?

Pour le gouvernement et l’Etat-major, c’est évidemment la première hypothèse qui est mise en avant. «L’élimination de Ben Laden, ça a changé la donne», a indiqué le ministre de la Défense, Gérard Longuet, qui a ajouté que la France «va sans doute gagner une bonne année» sur le calendrier initial, qui prévoyait la fin du processus de transition en 2014.

Une rupture stratégique

«Le début du retrait n’est ni une victoire ni une défaite, c’est une rupture avec un processus d’escalade qui est parvenu à établir ni un pouvoir acceptable à Kaboul ni une situation sécuritaire satisfaisante», répond le général Vincent Desportes. Place désormais à la négociation politique, notamment avec les talibans. «La sécurité dans le pays s’est améliorée, surtout dans le district de Surobi où les incidents sont épisodiques», fait valoir au contraire l’Etat-major. C’est dans cette zone relativement pacifiée, à l’est de Kaboul, que le transfert de la sécurité à l’ANA devrait s’effectuer à la fin de l’année.

«La situation en Kapisa reste en revanche très difficile. Il est clair que les objectifs de politique intérieure influent sur la stratégie opérationnelle», lance le général Desportes, en référence à l’élection présidentielle. «Ce début de retrait recrée de la liberté stratégique, poursuit-il. Cela réconcilie la baisse de nos budgets militaires avec nos capacités d’action réelle.»

Risques

Un sentiment de déception domine au sein de l’armée, confient des sources internes. La situation sécuritaire déjà tendue dans la province de Kapisa ne s’améliorera pas facilement avec le retrait amorcé.

D’autant que ce départ, au vu de son ampleur, touchera forcément des unités combattantes. Quant à Surobi, le risque est qu’elle soit reconquise par les insurgés. «Dès qu’on lâche une zone, elle est reprise», soupire un gradé.