Afghanistan: Obama annonce le départ de 33.000 soldats d'ici septembre 2012

ETATS-UNIS Pour le président américain, il est temps d'investir pour un «effort de reconstruction à la maison»...

Philippe Berry

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Des soldats américains patrouillent dans le sud de l'Afghanistan, le 22 juin 2011.
Des soldats américains patrouillent dans le sud de l'Afghanistan, le 22 juin 2011. — B.RATNER/REUTERS

De notre correspondant à Los Angeles

Obama a tranché: ce seront finalement 33.000 «boys» qui quitteront l'Afghanistan d'ici Septembre 2012. Dans un premier temps, 10.000 soldats feront leur valise d'ici la fin de cette année et 23.000 suivront avant la fin de l'été 2012. Il restera donc 68.000 militaires américains, plus environ 55.000 membres du reste de la force internationale de l'Isaf. S'ajouteront 300.000 membres des forces de sécurité afghanes, pour lutter contre un nombre de talibans estimé à 25.000 insurgés.

Pour le président américain, ce début de retrait, qu'il avait annoncé dès l'an dernier, est rendu possible par «les progrès réalisés contre Al Qaïda.» Dans son discours de 15 minutes, il a rappelé que «les efforts avaient payé» avec l'élimination de Ben Laden et que les documents récupérés dans la résidence de l'ancien leader montrent une organisation «sous pression».

Les militaires pas satisfaits

Obama s'en est dit persuadé, un transfert des responsabilités aux forces afghanes, sur le modèle irakien, est possible et devrait être achevé en 2014. «Nous ne transformerons pas l'Afghanistan en un endroit parfait, mais il faut être pragmatique», a lancé Obama, estimant que la victoire passerait par un combat contre la corruption, un développement de l'économie, une collaboration avec le Pakistan et un effort de réconciliation nationale, y compris avec les talibans qui renonceraient à la violence.

Selon les experts, ce retrait signe la victoire de Joe Biden face au Général Petraeus (à la tête de l'Isaf), qui réclamait un retrait plus lent afin de «finir le boulot». Le commandement militaire souhaitait démarrer une transition dans le sud, afin de s'aventurer dans la zone cruciale de la frontière avec le Pakistan, à l'est. Avec ce retrait, Obama devrait sans doute se contenter d'envoyer des drones et des missions ciblées de contreterrorisme.

Un retrait à effet boule de neige?

Sur CNN, le sénateur républicain Lindsey Graham a exprimé sa déception. «Il va rester deux saisons de combat (en général, du début du printemps à la fin de l'automne, avant que la neige arrive, ndr) avec des effectifs réduits, sous pression», relève-t-il. Selon lui, «il s'agit d'un coup d'arrêt à un effort qui a donné des résultats encourageants» et il craint que d'autres pays suivent ce retrait américain.

Mais pour Obama, il est temps d'investir pour «un effort de reconstruction à la maison». Il le rappelle, la guerre en Afghanistan, en dix ans, a coûté plus d'un trillion (1.000 milliards) de dollars au contribuable américain. Depuis l'élimination de Ben Laden, l'opinion publique a basculé en faveur d'un retrait. Au-delà d'une guerre, Obama a aussi une élection à gagner.