Europride à Rome, avec Lady Gaga, pour défier une Italie "rétrograde"

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Les interdits du Vatican et l'Italie «rétrograde» du chef du gouvernement Silvio Berlusconi: c'est ce qu'entend combattare l'Europride ce samedi à Rome. L'argument glamour: Lady Gaga

La superstar planétaire interprètera une seule chanson et prendra la parole devant des centaines de milliers de participants - les organisateurs en attendent un million - lors du grand défilé homosexuel. Elle soutiendra les revendications des homosexuels en Italie contre les agressions homophobes et pour la légalisation des unions homosexuelles.

Chasser un «gouvernement rétrograde»

«C'est le gouvernement le plus rétrograde que l'Italie ait connu depuis la dernière guerre mondiale», estime Paolo Patane, directeur d'Arcigay, groupe d'activistes homosexuels fondé dans les années 80.

«C'est un gouvernement dont le chef fréquente des filles mineures mais qui affirme ensuite que le parlement n'approuvera jamais une législation contredisant la conception de la famille défendue par le Vatican», résume-t-il.

Quelques jours après la défaite subie à Milan et Naples par M. Berlusconi, actuellement jugé pour prostitution de mineure, M. Patane espère que la manifestation romaine pourra aider à chasser ce «gouvernement rétrograde».

L'Europride, dont les préparatifs ont été troublés par des manifestations anti-gays, traversera le centre historique et s'achèvera par un concert au grand Cirque Maxime.

Un premier ministre «casseur de pédés»

Pour Vladimir Luxuria, transsexuelle et ancien député qui avait mis en place en 1994 le premier festival gay d'Italie, l'homophobie croît en Italie.

«Ce parlement est homophobe, des pieds à la tête, et nous avons un premier ministre casseur de pédés», a déclaré Luxuria, auteur d'un roman faisant le parallèle entre l'homophobie sous le fascisme et aujourd'hui.

Le Cavaliere est connu depuis longtemps pour ses plaisanteries de mauvais goût sur le sujet. L'an dernier, interrogé sur ses frasques sexuelles, il avait répondu: «mieux vaut être passionné par les jolies filles qu'être gay».

En 2007, il avait vanté ainsi sa coalition de centre-droit : «Ne vous en faites pas. Les gays sont tous de l'autre bord».

La religion et le Vatican: l'autre défi

Mais, selon Paolo Patane, le vrai défi pour les droits des homosexuels est le rôle de la religion et de «la hiérarchie vaticane» dans les sociétés européennes.

Le Vatican juge que l'homosexualité est un comportement «désordonné» et que l'acte homosexuel est un pêché. Il lutte contre les lois accordant plus de droits aux gays en matière de mariage et d'adoption.

Durant sa visite le week-end dernier en Croatie, le pape Benoît XVI a défendu la famille traditionnelle.

«Ne cédez pas à la mentalité sécularisée qui propose la cohabitation comme préparatoire, ou même substitutive au mariage», a-t-il dit devant les fidèles croates, sans faire précisément allusion à l'homosexualité.

Pour Vladimir Luxuria, l'Italie est restée prostrée dans le passé même si le nombre des participants aux festivals gays a cru. «Je suis très triste, dit-il, de voir qu'il y a des Italiens forcés de partir parce qu'ils sont gays».