Turquie: Erdogan espère une 3ème victoire dimanche

MONDE Le parti islamo-conservateur du Premier ministre turque Recep Tayyip Erdogan compte sur une troisième victoire d'affilée, même si l'opposition grimpe dans les sondages, lors des élections législatives dimanche en Turquie...

© 2011 AFP

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Le parti islamo-conservateur du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan compte bien sur une troisième victoire d'affilée, même si l'opposition grimpe dans les sondages, lors des élections législatives dimanche en Turquie.

Selon toutes les études d'opinion, la victoire du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002, ne fait pas de doute.

La Constitution en jeu

Dans ce contexte, le principal suspense du scrutin, qui vise à renouveler les 550 membres du Parlement monocaméral, est de savoir si l'AKP obtiendra assez de sièges pour faire adopter une Constitution plus libérale, en remplacement de celle rédigée après le putsch militaire de 1980.

M. Erdogan souhaite en effet poursuivre le travail commencé sur la Constitution, révisée plusieurs fois, dont la dernière en 2010.

Il affirme vouloir approfondir la démocratisation de la Turquie, candidate à l'Union européenne, où il voudrait voir instaurer un régime présidentiel. Mais une partie de l'opinion craint de voir le pays sombrer dans un autoritarisme «à la Poutine» avec ces changements.

Un des trois scénarios suivants est attendu dimanche: si l'AKP dépasse la barre des 367 députés, soit une majorité des deux-tiers, il pourra changer la constitution sans avoir recours à un référendum. Avec au moins 330 sièges, sans atteindre 367, le parti au pouvoir devra organiser un référendum. Enfin, à moins de 330, il lui faudrait l'aide d'autres partis, ou abandonner son projet.

Des sondages favorables

Les sondages donnent l'AKP gagnant avec environ 45% voix, voire 50% (47% aux dernières législatives de 2007).

Mais le principal parti d'opposition pro-laïque (CHP, Parti républicain du peuple), dirigé par Kemal Kiliçdaroglu, semble capable d'une percée, avec 30% des intentions de vote (21% en 2007). Les observateurs expliquent cette montée du CHP par le charisme de son leader, connu pour sa lutte anti-corruption, qui a créé une nouvelle dynamique au sein du parti kémaliste.

La campagne électorale a été marquée notamment par des scandales sexuels, plusieurs dirigeants du Parti de l'action nationaliste (MHP), ayant démissionné après la diffusion sur internet de vidéos montrant ces hommes mariés dans des situations compromettantes.

Cette formation sera très probablement en troisième position dans la liste des 15 partis en lice, et elle devrait passer le seuil des 10% de voix à l'échelle nationale, imposé aux partis pour obtenir des députés.

Une trentaine de candidats se présentant en indépendants mais soutenus par le principal parti kurde, le Parti pour la paix et la démocratie (BDP), devraient aussi entrer à l'Assemblée, contre 20 aujourd'hui.

Ces dernières semaines, M. Erdogan a accablé ses adversaires de vives critiques, visant parfois leur vie privée, s'en prenant au passage à des journalistes et hommes d'affaires connus comme opposants.

Pour Sedat Ergin, du journal Hürriyet, l'AKP est parvenu à s'approprier toutes les institutions, au fil des ans, et M. Erdogan semble pris d'une tentation hégémonique.

"Impitoyable à l'égard des critiques, il affirme un style de plus en plus autoritaire (...) et avec les arrestations de journalistes d'opposition, accusés de comploter contre l'Etat, un climat de censure s'est installé dans le pays", dit-il.

La popularité du Premier ministre repose largement sur les succès économiques du pays: en 2010, la Turquie a enregistré le troisième meilleur taux de croissance du G20 (8,9%).

Au delà du boom économique, le nouveau gouvernement devra s'atteler à la question du conflit kurde, qui a fait 45.000 morts depuis le début de la rébellion, en 1984.

A l'approche des élections, les accrochages se sont multipliés entre rebelles et forces de sécurité, dans le sud-est du pays.