Syrie: La répression qui se prépare à Djisr el Choughour cristallise les inquiétudes

CRISE Une résolution doit être présentée à l'ONU ce mercredi soir, car la situation dans le pays est de plus en plus préoccupante...

Bérénice Dubuc

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Capture d'écran d'une image diffusée sur YouTube et montrant des opposants au régime manifester dans le nord de la Syrie, dans le village de Kfar Nabil, le 30 mai 2011.
Capture d'écran d'une image diffusée sur YouTube et montrant des opposants au régime manifester dans le nord de la Syrie, dans le village de Kfar Nabil, le 30 mai 2011. — AFP PHOTO/YOUTUBE

La Grande-Bretagne et la France doivent présenter ce mercredi une résolution sur la Syrie au Conseil de sécurité de l’ONU à New York. Cette résolution commune condamne «la répression et demande l'établissement de responsabilités ainsi qu'un accès humanitaire», a indiqué le Premier ministre britannique, David Cameron, devant le parlement ce mercredi à Londres. «Et si quelqu'un vote contre cette résolution ou tente de lui opposer son veto, alors il devra le porter sur sa conscience.» A Paris, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a estimé que «le moment (était) venu pour la communauté internationale de prendre ses responsabilités face à la poursuite et l'aggravation des violences et de la répression exercées par le régime syrien».

En effet, au cœur des préoccupations de la communauté internationale: la répression des manifestations pro-démocratie en Syrie, qui durent depuis douze semaines. Après le millier de victimes recensées par des ONG syriennes, les quelque 10.000 personnes emprisonnées, et les soupçons d’Amnesty International quant à de possibLes crimes contre l'humanité dans la province de Deraa, c’est vers le nord-ouest du pays que se portent désormais toutes les inquiétudes. Dans la ville de Djisr el Choughour, la population se mettait ainsi ce mercredi à couvert pour parer à un assaut de l'armée. 120 membres des forces de sécurité ont en effet été tués dans la ville, et des blindés et des troupes font route pour arrêter les «groupes terroristes armés qui utilisent des voitures gouvernementales et portent des uniformes militaires», que le gouvernement juge responsables de ces décès, a indiqué à Reuters Rami Abdel-Rahmane de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, basé à Londres.

Différents scénarios

Selon les protagonistes, les scénarios divergent pour expliquer les circonstances entourant la mort de ces soldats. Pour le régime syrien, ce «massacre par des gangs armés» accrédite la thèse d'une contestation animée par des gangs armés, contrôlés de l'étranger. L'opposition s’insurge, et affirme que le régime a monté de toutes pièces cette affaire pour justifier l'intensification de la répression. Certaines ONG, enfin, considèrent qu’il s'agit d'une mutinerie au sein de l'armée qui a tourné à l’affrontement avec les forces loyalistes.

Problème: impossible de savoir ce qu’il s’est vraiment passé, aucun journaliste n’étant autorisé à se rendre sur place. De plus, les informations qui parviennent par Internet et les réseaux sociaux sont invérifiables, quand le réseau n’est pas coupé par le régime. Cependant, la version officielle a été mise à mal ce mercredi par la centaine de réfugiés ayant fui de l'autre côté de la frontière, en Turquie. Il n'y a pas eu violence des manifestants ou de quelconques groupes armés, selon les propos recueillis par l'AFP auprès de blessés. Les attaques, ont dit ces Syriens, ont plutôt été menées par les autorités qui ont utilisé des snipers et des hélicoptères pour mitrailler la foule, y compris lors de funérailles.

L’ombre du veto russe ou chinois

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui entretient de très bonnes relations avec le président syrien, Bachar al Assad, a en conséquence demandé mercredi au pouvoir syrien de «changer d'attitude à l'égard des civils et de faire preuve d'un plus grand degré de tolérance, le plus vite possible».

Pour Burhan Ghalyoun, membre de l'opposition syrienne en exil et professeur à la Sorbonne, «Assad est sur la fin, mais il reste à voir de quelle manière le régime va s'effondrer. Il tombera de l'intérieur, par des manifestations de plus en plus importantes, à moins que la communauté internationale ne fasse chorus pour exiger l'arrêt des massacres.» C’est le but de la résolution qui doit être présentée lors de la séance du Conseil de sécurité débutant à 15h (21h, heure de Paris), sauf si la Chine et la Russie, qui ont fait savoir qu'elles n'étaient pas favorables à une implication du Conseil de sécurité au sujet de la Syrie, mettent leur veto. En conséquence, l’opposition syrienne en exil a envoyé un émissaire à Moscou pour convaincre la Russie de ne pas mettre son veto, indique le Nouvel Obs