Syrie: Des habitants fuient une ville du nord, de peur d'opérations militaires

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Des habitants fuyaient en grand nombre mercredi leur ville du nord de la Syrie de crainte d'une opération d'envergure du régime déterminé à écraser toute contestation, au moment où un projet de résolution européen condamnant la répression devait être présenté à l'ONU.

Certains parmi les habitants quittant Jisr al-Choughour ont pris le chemin de la Turquie voisine, où ils ont témoigné parfois de leur lit d'hôpital de la répression des manifestations avec des mitraillages par hélicoptères et des tirs de snipers sur la foule.

Les autorités turques ont annoncé que leurs frontières resteraient ouvertes tout disant redouter un afflux massif de réfugiés après l'arrivée d'environ 550 Syriens depuis le début de la révolte dans leur pays entamée le 15 mars et sa répression par le régime de Bachar al-Assad.

Les habitants de Jisr al-Choughour (nord-ouest), où l'armée mène des opérations de ratissage depuis samedi après des manifestations imposantes contre le pouvoir, ont continué de fuir après les menaces du régime et l'arrivée de renforts militaires.

«Des forces militaires ont été aperçues à 15 km de Jisr al-Choughour. Les habitants continuent de fuir par peur d'une grande opération militaire», a dit le chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme Rami Abdel-Rahmane.

Fortes restrictions sur les médias étrangers

«Il n'y a pratiquement plus personne» à Jisr al-Choughour (300 km au nord de Damas), qui compte environ 50.000 habitants, a indiqué un militant sur place.

Lundi, les autorités syriennes ont affirmé que 120 policiers avaient été tués à Jisr al-Choughour par des «groupes armés», mais les militants des droits de l'Homme et différents témoins ont réfuté cette version, certains affirmant que les victimes étaient mortes lors d'une mutinerie au QG de la Sécurité.

Il n'y a pas eu violence de la part des manifestants ou de groupes armés, ont assuré à l'AFP des réfugiés en Turquie. Les attaques ont plutôt été menées par les autorités, qui ont envoyé des tireurs embusqués et des hélicoptères pour mitrailler la foule, y compris lors de funérailles, selon ces réfugiés.

«Ce sont des policiers en civil qui m'ont tiré dessus. Une balle a transpercé ma main droite», a affirmé l'un d'eux. Un autre a déclaré que les forces de sécurité avaient «mis le feu au quartier général du parti Baas (au pouvoir) pour avoir une excuse pour tuer les gens».

Les médias étrangers sont soumis à de fortes restrictions et ne peuvent pas confirmer de manière indépendante les informations sur le terrain.

Le chef du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), Antonio Guterres, a jugé profondément préoccupant le grand nombre de Syriens fuyant la répression et souligné la nécessité d'aider ces réfugiés au Liban et en Turquie.

Plus au sud, à Homs, des chars sont entrés dans plusieurs quartiers où des manifestations sont souvent organisées, selon le militant syrien.

Face à l'attitude de défi du régime de Bachar al-Assad qui continue de mater dans le sang le mouvement de contestation malgré les mises en gardes et sanctions internationales, des pays européens devaient présenter un projet de résolution condamnant ces agissements au Conseil de sécurité de l'ONU.

Résolution à l'ONU

La réunion est prévue à 19H00 GMT, selon des sources diplomatiques. La date du vote n'est pas connue.

Devant le Parlement à Londres, le Premier ministre David Cameron a annoncé que son pays et la France allaient déposer ce projet, en évoquant des informations «crédibles faisant état d'un millier de morts et de jusqu'à 10.000 personnes emprisonnées" depuis le le 15 mars.

«Si quelqu'un vote contre cette résolution ou tente d'y opposer son veto, il devra en référer à sa conscience», a-t-il dit.

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, avait déclaré la veille que la France et ses partenaires au Conseil de sécurité étaient prêts à risquer un veto de la Russie sur ce projet.

Son homologue russe Sergueï Lavrov a laissé entendre que son pays restait opposé à l'adoption d'une telle résolution. «Nous estimons que le travail doit avoir pour but de résoudre les problèmes par des moyens politiques et non de créer les conditions d'un autre conflit armé», a-t-il déclaré.

A Bruxelles, l'Union européenne envisage de durcir les sanctions contre la Syrie en s'en prenant en particulier à des entreprises, selon des sources européennes.