Le Yémen vers l'après-Saleh?

RÉVOLUTION 'opposition entrevoit dans le départ précipité du président une opportunité à saisir...

C. F. avec Reuters

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Des fidèles de Sadeq al-Ahmar, le chef de la fédération tribale Hached au Yémen, célèbrent le départ du président Saleh en Arabie Saoudite, le 6 juin 2011 à Sanaa.
Des fidèles de Sadeq al-Ahmar, le chef de la fédération tribale Hached au Yémen, célèbrent le départ du président Saleh en Arabie Saoudite, le 6 juin 2011 à Sanaa. — A. AWAD/REUTERS

Un tournant. Les Yéménites sont à nouveau descendus dans les rues ce lundi pour exprimer leur espoir de voir la fin de près de 33 ans de règne du président Ali Abdallah Saleh, hospitalisé en Arabie saoudite après avoir été blessé dans le bombardement de son palais à Sanaa la semaine passée.

Cette vacance du pouvoir a immédiatement été comblée par le vice-président Abd-Rabbou Mansour Hadi, qui assume l'intérim à la tête de l'Etat et de l'armée. L'opposition, qui tente depuis plusieurs mois de trouver un moyen de mettre fin au règne de Saleh, entrevoit dans ce départ précipité du président une opportunité à saisir.

Un conseil de transition?

«L'opposition soutient un transfert total du pouvoir au vice-président. En cas d'échec, l'opposition et la jeunesse de la révolution ont d'autres options, comme celle d'un conseil de transition», a annoncé Sultan al Atouani, chef de file de l'opposition.

Après deux semaines de violents affrontements entre les forces loyales au chef de l'Etat et les combattants de la fédération tribale Hached, une trêve conclue dimanche semblait se prolonger dans la capitale Sanaa ce lundi.

L’Arabie Saoudite inquiète

Cette redistribution des rôles pourrait obtenir le soutien des voisins saoudiens inquiets de maintenir une sécurité et une stabilité minimales dans un pays où Al-Qaida tente d'exploiter la moindre faille et le moindre vide politique.

«Le départ de Saleh vers l'Arabie saoudite n'est pas simplement un acte de courtoisie de la part de la famille régnante saoudienne. La sécurité de l'Arabie saoudite et celle du Golfe sont liées à la sécurité au Yémen», explique à Reuters l'analyste politique égyptien Nabil Abdel-Fattah. Selon lui, Ryad devrait soutenir un accord menant au départ de Saleh et à l'instauration d'un gouvernement de transition avant des élections parlementaires. 

Quelle place pour la jeunesse yéménite?

Abd-Rabbou Mansour Hadi doit rencontrer des représentants de l'Union européenne après s'être entretenu avec les dirigeants militaires yéménites, y compris les fils et neveux de Saleh, ainsi qu'avec l'ambassadeur américain, dimanche.

Le Conseil de coopération du Golfe (CCG) qui avait tenté, sans succès, de trouver une solution négociée au retrait d'Ali Abdallah Saleh, a une nouvelle fois offert ses bons offices. Dans un communiqué, le secrétaire général de cette organisation de coopération militaire régionale appelle toutes les parties à oeuvrer à mettre fin aux violences et propose sa médiation.

Mais comme le précise Nabil Abdel-Fattah, une inconnue demeure concernant l'attitude de la jeunesse yéménite qui s'est imposée comme l'avant-garde de la contestation.