Bactérie mortelle: Une origine toujours aussi mystérieuse

SANTE L'Eceh, qui a déjà fait une vingtaine de morts, notamment en Allemagne, reste mystérieuse malgré de nouvelles hypothèses émises par des scientifiques...

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La bactérie Escherichia coli (E-coli).
La bactérie Escherichia coli (E-coli). — Erbe/Pooley / Rex Featu/REX/SIPA

Dernière info/18h15: Des germes de soja sont peut-être à la source de l'épidémie d'E. coli (Eceh) qui a fait 22 morts et a touché plus de 2.000 personnes depuis trois semaines en Europe, a déclaré dimanche un responsable allemand. Les autorités allemandes ont notamment enquêté sur un producteur de fruits et légumes en Basse-Saxe.

Le ministre allemand de la Santé, Daniel Bahr, était dimanche en visite à l'hôpital de Hambourg-Eppendorf, débordé par l'afflux de patients infectés par la bactérie Eceh qui a fait une vingtaine de morts, et dont l'origine reste inconnue après plus de deux semaines de recherches intensives.

21 des 22 décès ont été enregistrés en Allemagne, la plupart dans la région de Hambourg, foyer de l'épidémie.

Au total, plus de 2.000 personnes auraient été contaminées par une forme rare de l'Escherichia coli entérohémorragique (Eceh), identifiée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sous le code «O104:H4».

Selon, l'OMS, qui a recensé des malades dans 12 pays, c'est la première fois que cette souche est décelée à l'occasion d'une épidémie.

Les femmes davantage touchées

La bactérie, qui touche pour une raison inconnue plus particulièrement les femmes, provoque des hémorragies dans le système digestif et, dans les cas les plus graves, des troubles rénaux (syndrome hémolytique et urémique, SHU).

Plusieurs pistes sont évoquées par la presse allemande comme origine de la contamination, dont celle d'un restaurant de Lübeck, dans le Schleswig-Holstein (nord).

Son patron Joachim Berger a déclaré aux chaînes de télévision publiques ZDF et ARD avoir été informé par les autorités sanitaires que trois groupes parmi ses clients, dont des touristes danois, étaient tombés malades. Le restaurateur a toutefois affirmé qu'aucun de ses employés n'avait été contaminé.

Le porte-parole du ministère de la protection des consommateurs de cet Etat régional, Christian Seyfert, a affirmé à l'AFP que les soupçons concernant ce restaurant n'étaient pas «corroborées par les faits actuellement».

Les concombres ne sont pas en cause

En attendant, les enquêteurs de la police fluviale de la région continuent d'orienter leurs recherches vers les grossistes alimentaires et les restaurants.

La nourriture et tout particulièrement les légumes ont été rapidement soupçonnés par les scientifiques et les autorités sanitaires de Hambourg d'être le vecteur de la maladie, et plus particulièrement des concombres en provenance d'Espagne, qui ne sont finalement pas la cause de la contamination.

Le laboratoire européen de référence pour l'Escherichia coli, à Rome, a affirmé que les analyses ne permettaient pas de mettre des légumes en cause, mais l'Institut Robert Koch (RKI), chargé de la veille sanitaire en Allemagne, continue toutefois de recommander aux consommateurs d'éviter les légumes crus, quelle que soit leur origine, faute de nouvel indice.

Les productions de biogaz en question

Dimanche, plusieurs scientifiques ont émis l'hypothèse que la bactérie pourrait provenir des centres de production de biogaz, nombreux dans un pays qui privilégie le recyclage de ses déchets organiques.

Le biogaz est produit par la fermentation de matières organiques animales ou végétales.

«Il y a toutes sortes de bactéries qui n'existaient pas auparavant qui sont maintenant produites dans les bacs de fermentation», a déclaré Bernt Schottdorf, patron d'un laboratoire médical à Augsbourg (sud) au quotidien Welt am Sonntag.

«Elles produisent des hybrides, se mélangent les unes aux autres sans que l'on n'ait étudié ce qui se passe vraiment», a-t-il ajouté, soulignant que plus de 80% de ces déchets étaient ensuite utilisés pour fertiliser les terres.

Ernst Guenther Hellwig, président de l'Académie vétérinaire et agricole de Horstmar-Leer (nord), a souligné qu'il avait peu plu au cours du printemps, ce qui pouvait suggérer que les plantes n'avaient pas été débarrassées de ces engrais naturels.

 

Face au manque de résultats des chercheurs allemands, la Commission européenne s'est dite prête samedi à envoyer une équipe d'experts en Allemagne tandis que l'opposition a dénoncé le «manque de coordination» des autorités fédérales et régionales.

Lundi, l'Eceh devrait occuper les esprits au cours de la réunion des ministres européens de la Santé, à Luxembourg.

Une rencontre extraordinaire des ministres de l'Agriculture devrait suivre le 17 juin alors que plusieurs pays, dont l'Espagne, exigent des aides pour leurs producteurs de fruits et légumes dont les ventes se sont effondrées.