Syrie: Le martyr de la révolution s'appelait Hamza et avait 13 ans

CONFLIT Le jeune garçon a été arrêté le 29 avril et son corps mutilé a été rendu à sa famille le 25 mai. La vidéo tournée par un activiste syrien et postée sur YouTube a suscité l’indignation dans tout le pays et redonné de la vigueur à la contestation...

Bérénice Dubuc

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Un manifestant syrien brandit une image de Hamza al-Khatib lors de ses funérailles, près de Deraa, le 25 mai 2011.
Un manifestant syrien brandit une image de Hamza al-Khatib lors de ses funérailles, près de Deraa, le 25 mai 2011. — AFP PHOTO/YOUTUBE

La révolution syrienne a désormais un visage. Celui de Hamza al-Khatib, 13 ans. Comme la jeune Neda lors des manifestations antigouvernementales après l’élection présidentielle iranienne il y a deux ans, ou comme Mohamed Bouazizi en Tunisie en janvier dernier, Hamza est devenu le martyr du soulèvement populaire contre l’oppression.

Hamza habitait le village d’al-Jizah, situé près de Deraa, ville du sud du pays et foyer de la contestation contre le régime du président Bachar el-Assad.  Il a été arrêté par les forces de sécurité le 29 avril dernier. D'après différents témoignages, il avait décidé de prendre part aux manifestations après la mort de son cousin, tué par la police, et scandait «à bas le régime» avec d'autres jeunes. Le 25 mai, sont corps, horriblement mutilé, a été rendu à sa famille, les autorités lui indiquant qu’elle ferait mieux de garder le silence.

Des mutilations atroces

Pourtant, ses parents on autorisé un défenseur des Droits de l’homme à filmer les mutilations infligées à leur fils, et à les poster sur YouTube. Le corps enflé du jeune garçon présente, aux bras et à l’abdomen, des traces de balles tirées pour blesser mais pas pour tuer, des marques de torture à l’électricité, de brûlures de cigarettes, de fouet, des bleus . Son visage est violet, défiguré, avec des yeux au beurre noir et sa mâchoire brisée. Son cou a également été brisé, ses rotules cassées, et son pénis coupé.

Cette vidéo a été reprise par Barada TV, une chaîne d’information syrienne d’opposition basée à Londres, qui a la première raconté l’histoire d’Hamza jeudi dernier. Le lendemain, Al-Djazira la reprenait et la faisait connaître au monde entier.

Une mort qui relance à la contestation

Plus de 1.100 personnes ont été tuées depuis le début du soulèvement populaire en Syrie, selon les ONG. Parmi eux, 25 mineurs de moins de 18 ans. Cependant, la mort d’Hamza est la plus brutale. Selon les ONG, le fait que le corps ait été rendu dans cet état à la famille est un «avertissement du gouvernement à tous les manifestants», indique le Guardian. Mais, loin d’avoir permis de mater le soulèvement par la peur, le décès du jeune garçon a enflammé le pays encore un peu plus.

Plusieurs pages Facebook ont été crées en mémoire d’Hamza, certaines ayant déjà approuvées plus de 65.000 fois («like»), et tout le week-end, des manifestants ont défilé à travers le pays, scandant le prénom d’Hamza et dénonçant sa mort atroce. En conséquence, les médias officiels syriens ont diffusé mardi soir un programme d’une heure qui assurait qu’il montrerait «l’entière vérité» sur la mort d’Hamza.

Deux médecins ont ainsi affirmé à l’antenne que les blessures infligées à Hamza n’était pas des marques de torture, mais que le jeune garçon avait été tué par une balle et que les mutilations avaient été faites par les «conspirateurs» post mortem. Leur objectif: se créer un martyr du même type que Mohamed Bouazizi pour agiter la population et déstabiliser le régime. Mais les manifestants persistent, et ont décidé que ce vendredi serait un «vendredi des enfants» en mémoire du jeune martyr.