Coalition en Libye: «Pas de surchauffe» de l'armée française

INTERVIEW Le chef d'Etat-major de l'armée de l'air française fait un point sur la situation en Libye et les enjeux du conflit...

recueilli par Alexandre Sulzer

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Alors que l'armée de l'air française prend en charge environ 30% de l'effort de guerre de la coalition en Libye, son chef, Jean-Paul Paloméros, a reçu 20Minutes.

Où en est la situation en Libye, deux mois après le début de l'opération?
La partie orientale, la Cyrénaïque, semble stabilisée aujourd'hui. Dans la partie occidentale, certaines villes sont isolées. Mais l'étau se desserre sur Misrata. Les forces d'opposition et les pro-Kadhafi employant le même type de matériel, il nous faut dissiper tous les doutes possibles sur les positions des uns et des autres. Ce qui est un peu complexe, il faut bien l'avouer, même si la situation s'est relativement éclaircie depuis environ une dizaine de jours.

Des hélicoptères de l'armée de terre ont été déployés en Méditerranée. Les moyens aériens seuls ne suffisent-ils pas?
Face à l'urgence, l'arme aérienne était la seule à pouvoir répondre aux besoins de survie des populations. Aujourd'hui, la question de la phase suivante de la crise se pose. Il est normal que les pays de la coalition s'interrogent et préparent différentes options pour continuer à faire monter la pression sur Kadhafi. Mon sentiment, c'est que rien n'est décidé. La question qui se pose dans l'emploi des différentes composantes de l'armée, c'est la gestion de la menace que constitueraient les armes de petit calibre et les systèmes sol-air de courte portée.


L'armée de l'air pourra-t-elle faire face aux surcoûts?

Comme nous aurons mené en 2011 une activité supérieure à celle qui était prévue, il faudra budgétiser au dernier trimestre des surcoûts de carburant ou de maintien en condition opérationnelle de quelques millions d'euros. Il est un peu tôt pour les estimer. Quant aux munitions que nous tirons, elles font partie des stocks constitués au cours des années. La question budgétaire se posera lorsqu'il faudra les renouveler.

Les moyens aériens ne sont-ils pas en surchauffe avec l'Afghanistan?
Je ne pense pas qu'on puisse parler de surchauffe, mais d'activité forte. On se rapproche des contrats opérationnels définis dans le Livre blanc de la Défense. Mais nous arrivons aujourd'hui à assumer ces missions dans la durée. S'il y avait un troisième théâtre d'envergure, on peut imaginer que la France ne serait pas le premier contributeur. C'est l'un des intérêts d'une coalition.

Dépend-on des Américains pour le renseignement en Libye?
La France apporte une contribution importante avec ses moyens aériens. Les Américains, eux, apportent des drones. Pour l'heure, l'armée française ne peut engager les siens que sur un seul théâtre, l'Afghanistan. A l'horizon 2015-2016, ce sera possible sur plusieurs théâtres.