L'indignation en mouvement

Faustine Vincent
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La place de la Puerta del Sol, à Madrid (Espagne), dimanche.
La place de la Puerta del Sol, à Madrid (Espagne), dimanche. — P. Acosta / AP / SIPA

La révolution européenne aura-t-elle lieu ? En Espagne, le mouvement des Indignés a mobilisé des dizaines de milliers de jeunes depuis le 15 mai pour dénoncer la politique d'austérité et le chômage. Le Portugal avait montré l'exemple trois jours plus tôt : des centaines de milliers de personnes avaient répondu à l'appel lancé sur Facebook par des jeunes diplômés précaires pour manifester leur ras-le-bol. Dans le même élan, des dizaines de milliers de Grecs ont battu le pavé dimanche à Athènes contre la politique d'austérité. La France suit timidement le mouvement (lire ci-dessous). Çà et là, des jeunes se réunissent pour manifester, entre autres, leur rejet de la précarité et de la classe politique.
Comme ce fut le cas pour le « printemps arabe », les réseaux sociaux jouent un rôle clé dans ce que certains surnomment déjà « l'été européen ». Ils permettent de mobiliser vite et massivement. Sur Twitter, le site de microblogging, les noms de code sont « spanishrevolution », « greekrevolution », « frenchrevolution » ou encore « yeswecamp ».
De là à imaginer un soulèvement européen généralisé, il y a un pas que les chercheurs se gardent bien de franchir. En tout cas pour l'instant : « Il faut être prudent, car les jeunes déjouent souvent les pronostics… », glisse, amusé, Olivier Galland, auteur de Sociologie de la jeunesse. « L'été européen » n'en reste pas moins « peu probable », selon lui.
La mobilisation semble proportionnelle à la gravité de la situation : la jeunesse grecque, portugaise et espagnole, qui sert de variable d'ajustement économique, a été frappée de plein fouet par la crise. Le chômage des jeunes est de 28 % au Portugal, 45 % en Espagne et 40 % en Grèce. « Ils sont dans l'impasse et ont le sentiment que leur pays s'effondre », explique Olivier Galland. En France, malgré 23 % de chômage chez les jeunes, les diplômés ont été peu impactés par la crise, selon le Centre d'études et de recherches sur les qualifications. A l'inverse, les jeunes non diplômés trinquent. Mais « ils sont moins mobilisés et moins investis politiquement », rappelle le sociologue. Plus précaires, mais invisibles.