"Il y a aussi des crimes d'honneur en Europe"

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Interview de Sandrine Treiner, écrivain. Elle a coordonné "Le livre noir de la condition des femmes" (XO Ed.)

Vous consacrez plusieurs articles dans l’ouvrage
aux crimes d’honneur. Qu’est-ce exactement ?

Un crime au nom de l’honneur, pour être précis, est un meurtre toujours atroce, par lapidation, empoisonnement ou jet d’acide, considéré comme un rite de purification. Selon l’ONU, il y en a 5 000 par an. Dans les pays où ils sont pratiqués, la sexualité de la femme est sous contrôle de la famille et, par extension, du village. Si elle a des relations sexuelles hors mariage, viol compris, son corps est souillé et cela rejaillit sur le groupe. 80 % des femmes emprisonnées au Pakistan le sont parce qu’elles ont été violées.

Ces crimes sont souvent associés à la religion musulmane. Est-ce justifié ?
C’est vrai qu’ils ont en majorité lieu dans des pays musulmans. Mais la religion n’est pas la seule responsable, les coutumes et les traditions entrent en jeu. La vengeance existe aussi dans la culture méditerranéenne. Les justices locales se cachent derrière l’islam pour éviter d’intervenir.

Où sont-ils pratiqués ?
Dans le monde arabe en général, dans les Territoires palestiniens, en Iran. En Asie, on en dénombre au Pakistan, au Bangladesh ou en Inde. Il y en a en Turquie, mais aussi sur le continent sud-américain, en Argentine ou au Venezuela.

L’Europe n’est pas touchée ?
Si, dans les pays où les communautés étrangères sont très repliées sur elles-mêmes comme en Suède ou chez les Turcs et les Kurdes en Allemagne, mais aussi en France. Les filles de ces communautés veulent vivre à l’occidentale, à l’image de leurs copines de classe. Elles ont des envies d’émancipation et refusent souvent les mariages imposés par leur famille. Un refus qui peut conduire au crime.

Rien n'est fait contre ces pratiques ?
Cela change depuis le début des années 2000. Mais, longtemps, les mouvements féministes et antiracistes qui auraient dû être les premiers à dénoncer ces crimes ont hésité à dénoncer des communautés déjà stigmatisée, plaidant pour le relativisme culturel (le crime d'honneur est propre à leur tradition il faut le respecter).

Comment lutter contre ?
Il n'y a que la loi. Après tout il s'agit de meurtre. Et trop longtemps les circonstances atténuantes ont prévalu pour les accusés. Les associations jouent également un rôle essentiel, car à terme c'est du coeur de ces communautés que viendra la solution même si au début cela augmente la confrontation. Enfin, il y a l'éducation, auprès des filles mais aussi des garçons.

Recueilli par Clémence Lemaistre