Les présidents russe et pakistanais évoquent le terrorisme, mais pas Ben Laden

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Le président russe Dmitri Medvedev, qui a reçu ce jeudi son homologue pakistanais Asif Ali Zardari en difficulté depuis la mort de Ben Laden, a jugé que les deux pays faisaient face à la même menace du «terrorisme international», mais n'a pas évoqué le défunt chef d'Al-Qaida.

«Nous sommes attachés à une coordination de nos efforts sur la scène internationale», a dit le chef de l'Etat russe, évoquant «le terrorisme» comme «le principal mal du 21e siècle», selon les médias russes.

«Nos frontières ne se touchent pas mais nos cœurs battent à l’unisson»

«Il est clair que nos pays font face à une menace parfaitement identique, à savoir le terrorisme international», a indiqué Dmitri Medvedev au début de cette rencontre à laquelle les médias étrangers n'ont pas été invités.

La Russie est depuis des années confrontée à une insurrection islamiste dans le Caucase et accuse régulièrement Al-Qaida de la financer. Cette rébellion caucasienne, responsable aussi d'attentats à Moscou, est issue des deux guerres de Tchétchénie entre forces russes et séparatistes depuis 1994.

Le président russe a ensuite estimé que les perspectives de développement des relations russo-pakistanaises n'étaient «pas mauvaises du tout», notant qu'il fallait «intensifier les relations économiques», les échanges commerciaux entre les deux pays ne représentant en 2010 que 362,7 millions de dollars.

Asif Ali Zardari a lui versé dans le lyrisme pour décrire les liens avec la Russie: «(...) bien que nos frontières ne se touchent pas, nos cœurs, eux, battent à l'unisson», a-t-il dit.

Le Pakistan espère un crédit de 540 millions de dollars

Ils n'ont cependant pas évoqué publiquement la mort d'Oussama Ben Laden, alors que la Russie a apporté un soutien sans ambiguïté à l'opération commando américaine, qui a suscité la colère des officiels pakistanais, Islamabad n'ayant pas été informé de cette intervention.

Les Etats-Unis ont laissé entendre qu'ils soupçonnaient des responsables pakistanais d'avoir protégé Ben Laden. Asif Ali Zardari est aussi critiqué chez lui sur le fait que des militaires américains ait pu pénétrer sans obstacle au Pakistan.

Mais il était surtout venu à Moscou pour parler affaires, l'économie pakistanaise étant dans une situation précaire. Selon la presse russe, il espère obtenir dans les mois à venir un crédit de 540 millions de dollars pour la rénovation de l'aciérie Paksteel, construite par l'URSS, afin de porter sa production annuelle de 300.000 à un million de tonnes.

Selon le Kremlin, Moscou veut pour sa part participer au projet de gazoduc TAPI (Turkménistan, Afghanistan, Pakistan, Inde) long de 2.000 km et d'une capacité annuelle de 30 milliards de m3 de gaz.

L'idée de ce tube remonte aux années 1990, mais l'instabilité chronique de l'Afghanistan a bloqué ce projet soutenu par les puissances occidentales.

Déclaration commune

A l'issue des pourparlers de jeudi, un accord sur les liaisons aériennes, et des protocoles d'accords dans les domaines de l'énergie et de l'agriculture ont été signés mais leur contenu n'a pas été révélé.

Dmitri Medvedev et Asif Ali Zardari ont pour leur part paraphé une «déclaration commune», qui note le «potentiel important pour l'approfondissement des relations bilatérales».

La Russie et le Pakistan, allié clé des Etats-Unis, n'ont jamais vraiment entretenu de relations étroites, Moscou étant, depuis la période soviétique, proche de l'Inde, adversaire historique d'Islamabad.

Le Pakistan a de son côté soutenu dans les années 1980 la guérilla afghane qui combattait les troupes soviétiques en Afghanistan. Asif Ali Zardari doit encore se rendre à Skolkovo, un centre pour les technologies de pointe lancé par Dmitri. Medvedev et présenté comme la future Silicon Valley russe. Il est aussi attendu à Saint-Pétersbourg (nord-ouest).