En Thaïlande, les démocrates contre les élections

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Bangkok (Thaïlande)

De notre correspondante

Dimanche dernier, 50 000 personnes se sont rassemblées devant le palais royal thaïlandais, demandant la démission du Premier ministre ; aujourd'hui, les manifestants promettent d'être encore plus nombreux. Accusé d'autoritarisme, d'atteintes à la liberté de la presse, de brutalité dans sa gestion de la rébellion dans le Sud musulman du pays, Thaksin Shinawatra a, aux yeux de l'opposition, perdu toute légitimité pour gouverner. Surtout depuis la vente de ses parts dans l'entreprise Shin Corp, contrôlée à 49 % par sa famille, la plus riche du pays. Il est parvenu à exploiter les faiblesses de la loi pour ne payer aucun impôt suite à la juteuse transaction : 1,5 milliard d'euros.

Devant la pression de la rue, le Premier ministre a donc décidé de dissoudre le Parlement et d'organiser des législatives anticipées. Quoi de plus démocratique que la consultation du peuple ? Refus de l'opposition, qui proteste que seul Thaksin pose problème, pas le parti au pouvoir... Des critiques d'autant plus fortes que si Thaksin a perdu tout soutien chez les classes moyennes et intellectuelles de Bangkok, ses politiques populistes lui ont conservé l'appui des campagnes. Or, celles-ci regroupent la grande majorité des électeurs, moins sensibles aux accusations de corruption et d'autoritarisme. Les élections verront donc sans doute une victoire du Thai Rak Thai (« Les Thaïlandais aiment les Thaïlandais »), le parti au pouvoir... et donc une réélection à la primature de son homme fort, Thaksin Shinawatra. D'où la décision des partis d'opposition de boycotter ce scrutin, une première dans l'histoire du pays. Au risque de pousser la Thaïlande vers une grave crise constitutionnelle.

Solenn Honorine