Pour Obama, Ben Laden a dû avoir des appuis au Pakistan

DIPLOMATIE Il demande une enquête sur le sujet aux Pakistanais...

Avec Reuters

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Le président américain Barack Obama, lors d'une cérémonie à la Maison Blanche, le 4 mai 2011.
Le président américain Barack Obama, lors d'une cérémonie à la Maison Blanche, le 4 mai 2011. — J.YOUNG / REUTERS

La question brûlait les lèvres de plusieurs experts. Barack Obama y a répondu directement dimanche. Le président américain a assuré qu’Oussama ben Laden, retrouvé et tué dans une villa située à 60 km de la capitale pakistanaise, a très vraisemblablement disposé d'appui au Pakistan et a exhorté les autorités d'Islamabad à ouvrir une enquête sur le sujet.

«Nous pensons qu'il y a dû y avoir un réseau de soutien, sous une forme ou sous une autre, pour Ben Laden à l'intérieur du Pakistan», a dit le président américain dans un entretien télévisé diffusé dimanche soir dans l'émission «60 Minutes» de CBS. «Mais nous ne savons pas lequel», a-t-il ajouté. «Nous ne savons pas s'il y a pu avoir des gens (qui ont aidé Ben Laden, ndlr) au sein ou à l'extérieur du gouvernement. Nous devons enquêter là-dessus et, encore plus important, le gouvernement pakistanais se doit d'ouvrir une enquête».

«Tolérance zéro»

Un peu plus tôt, le conseiller américain à la sécurité nationale, Tom Donilon avait déclaré: «Je peux vous dire franchement que je n'ai vu aucune preuve permettant d'affirmer que les dirigeants politiques, militaires ou des services de renseignements avaient connaissance (du lieu où se cachait) ben Laden». Il a ajouté lui aussi que les Pakistanais devaient ouvrir une enquête.

Lundi, le Premier ministre pakistanais, Yusuf Raza Gilani, pourrait livrer des éclaircissements à ce sujet lors de son discours au Parlement à Islamabad. Et son ambassadeur à Washington, Husain Haqqani, a promis dans l'émission «This Week» d'ABC que les autorités pakistanaises prendraient des mesures après enquête. «Des têtes vont tomber, une fois l'enquête terminée», a-t-il assuré. «S'il y a incompétence avérée, nous vous le dirons. Mais si, et que Dieu nous en garde, des complicités sont mises au jour, nous appliquerons le principe de tolérance zéro».

«Nous travaillons en étroite collaboration»

Malgré les relations difficiles entre Washington et Islamabad, «nous travaillons en étroite collaboration avec le Pakistan dans le domaine du contre-terrorisme», a déclaré de son côté Tom Donilon. «Il y a eu plus de terroristes et d'extrémistes capturés ou tués au Pakistan que dans n'importe quel autre pays.»

Le Pakistan, très dépendant des milliards de dollars d'aide américaine, est sous pression pour expliquer comment Ben Laden a pu vivre aussi longtemps dans une ville de garnison si proche de la capitale sans être débusqué. Ces interrogations renforcent les doutes quant aux relations que pouraient entretenir des membres des services secrets pakistanais (ISI) avec les extrémistes islamistes.

L'aveu d'une veuve de Ben Laden

Le Pakistan dément vigoureusement toute complicité et indique avoir payé le prix fort pour avoir soutenu l'offensive américaine lancée après les attaques du 11 septembre 2001. Selon des responsables de service de sécurité pakistanais, le chef d'Al Qaïda pourrait avoir vécu plus de sept ans au Pakistan avant d'être tué le 1er mai par un commando américain.

L'une des veuves de Ben Laden a déclaré aux enquêteurs qu'il avait passé environ deux ans et demi dans un village pakistanais avant de s'installer à Abbottabad. Cette femme, Amal Ahmed Abdoulfattah, a affirmé que le chef d'Al-Qaida et ses proches avaient vécu cinq ans à Abbottabad.