Albanie: un scrutin local au climat tendu

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Les Albanais votaient dimanche aux élections municipales, marquées par quelques incidents et des cas apparents d'intimidation des électeurs, le scrutin étant observé de près par la communauté internationale.

"La situation est calme. Plus calme que lors des élections précédentes", a assuré cependant à l'AFP le responsable de la commission électorale centrale, Arben Ristani.

Il a précisé que la fermeture des bureaux de vote, prévue initialement à 19H00 (17H00 GMT) était retardée, sans toutefois préciser de combien.

Plusieurs incidents ont néanmoins été signalés par les formations politiques et les médias au cours de la journée, révélateurs de la tension régnant entre les deux camps, celui du Parti démocratique (au pouvoir) et celui de l'opposition socialiste, menée par le maire de Tirana, Edi Rama.

Un représentant du Parti socialiste a déclaré à Shkodra (nord) avoir été frappé par des militants pro-gouvernementaux, et à Tirana, une équipe de télévision dit avoir été agressée par des militants du Parti démocratique.

A Kamza, dans la banlieue de Tirana, un fief du Parti démocratique, Marieta Baroshe a confié qu'elle allait voter pour l'opposition, mais avouait son inquiétude devant le climat régnant devant le bureau de vote.

"Je vois beaucoup de gardes du corps, des militants des différents partis. Et cela m'inquiète. Je me sens intimidée", a expliqué cette femme.

L'AFP a pu apercevoir de nombreux jeunes gens déambulant autour des bureaux de vote de la localité.

Cela n'a pas échappé à l'attention d'un observateur officiel des élections.

"Il y a eu quelques échauffourées, quelques problèmes, il y a beaucoup de militants autour des bureaux de vote. Ils forcent parfois les gens à aller voter", a-t-il expliqué, sous le couvert de l'anonymat.

Des cas de votes familiaux ont également été dénoncés, ajoute-t-il, désignant cette pratique selon laquelle le chef de famille vote pour tous les siens.

De tels cas ont été signalés dans plusieurs localités, et notamment à Mullet, près de Tirana, par la coalition des observateurs albanais.

Plus de 5.000 observateurs observateurs, locaux et étrangers, la plupart accrédités par l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), surveillent le déroulement du scrutin.

Ces élections, bien que locales, revêtent une importance réelle pour l'Albanie, car elles constitueront pour les Européens un test de maturité démocratique dans un pays en crise politique depuis près de deux ans. De son bon déroulement dépendra la suite de ses perspectives européennes.

L'opposition n'a jamais reconnu la victoire revendiquée par Sali Berisha aux élections législatives de juin 2009 et a boycotté les travaux parlementaires pour réclamer un nouveau dépouillement des suffrages, entravant ainsi l'avancée des réformes dans le pays.

En dépit de multiples tentatives de médiation de la part de la communauté internationale, la situation n'a pu être débloquée, et le bras de fer entre MM. Berisha et Rama a même failli tourner à la crise ouverte, lors d'une manifestation anti-gouvernementale, le 21 janvier à Tirana, qui a fait quatre morts.

Les résultats des élections ont toujours été l'objet de contestations depuis la chute du régime communiste, au début des années 90, mais la crise actuelle est la plus longue de ces vingt dernières années.

M. Berisha espère de ces élections une confirmation de sa victoire de juin 2009. M. Rama a bon espoir de remporter un quatrième mandat à la mairie de Tirana, qui lui permettra de réclamer avec d'autant plus de force des législatives anticipées.

Selon M. Ristani, le comptage des voix débutera vers minuit (22H00).