Libye: L'Otan n'y arrive pas à Misrata

CONFLIT La stratégie mise en place par les forces fidèles à Mouammar Kadhafi gênent l'Alliance atlantique...

Avec Reuters

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Un rebelle à côté de la carcasse d'un tank de l'armée loyale à Mouammar Kadhafi à Misrata, le 19 avril 2011.
Un rebelle à côté de la carcasse d'un tank de l'armée loyale à Mouammar Kadhafi à Misrata, le 19 avril 2011. — P. MOORE / AFP

L’Otan patine à Misrata, seule grande ville de l’ouest assiégée par les forces de Mouammar Kadhafi depuis plusieurs semaines. La stratégie mise en place par les forces régulières, qui dissimulent des tanks dans des bâtiments et sont retranchées dans des quartiers habités de la ville de Misrata, compliquent la tâche de l'Otan. Malgré les bombardements répétés de l'Alliance atlantique, l'armée libyenne maintient la pression sur la ville portuaire, théâtre des affrontements les plus acharnés entre les deux camps.

D'intenses combats se sont produits dimanche entre les forces régulières et les rebelles près de l'aéroport de Misrata et l'Otan a bombardé une zone située dans la partie est de la ville, selon un porte-parole des insurgés. La chaîne de télévision d'Etat Al Jamahiriya a rapporté que des groupes d'insurgés de Misrata s'étaient rendus. «C'est un énorme mensonge. Personne ne s'est rendu et personne ne le fera. Nous combattrons Kadhafi jusqu'à bout, avec nos ongles et avec nos dents s'il le faut», a réagi un porte-parole des insurgés, Ahmed Hassan.

Cachés dans les bâtiments

Il a néanmoins reconnu que le bombardement samedi de quatre réservoirs pétroliers de la ville posait problème. «Le pétrole brûle toujours et d'immenses nuages de fumées recouvrent Misrata. Cela pose des problèmes pour respirer et menace de devenir un grave problème environnemental», a-t-il dit au téléphone.

Dimanche, ce sont des arsenaux de l'armée libyenne qui ont été bombardés lors de raids aériens de l'Otan dans les environs de Zentane, dans l'ouest du pays, selon un porte-parole des insurgés.

A Misrata, les rebelles rapportent que les forces libyennes dissimulent des chars dans des bâtiments, cachent de l'artillerie dans des buissons et se postent dans des zones résidentielles ou près de mosquées, rendant impossible toute riposte sans prendre le risque de faire des victimes parmi la population civile. «L'Otan ne peut pas atteindre ces endroits», souligne un porte-parole des rebelles de la ville.

«Son temps est compté»

Les forces gouvernementales ont abandonné le cœur de la ville aux rebelles et se sont retranchées dans des immeubles situés à la périphérie. «Il y a des maisons là-bas. Il n'y a pas autant d'habitants que dans le bas de Misrata mais ça reste la ville», a déclaré le président du comité militaire de l'Alliance atlantique, l'amiral Giampaolo di Paula. «Ils continuent d'utiliser la stratégie "shoot and scoot" (tirer et revenir à couvert), c'est pour cette raison que nous devons continuer à fragiliser de manière systématique leur puissance de frappe militaire», a-t-il ajouté.

Selon des organisations de défense des droits de l'homme, des centaines de personnes, dont de nombreux civils, ont été tués dans les combats à Misrata, située à 200km à l'est de la capitale libyenne, Tripoli. Certains détracteurs estiment que l'incapacité de l'Otan à faire taire les armes montre les limites de l'offensive aérienne. En 1999, il avait fallu 78 jours de frappes aériennes de l'Otan pour les forces serbes relâchent leur emprise sur le Kosovo.

Le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, a fait part dimanche de son optimisme tout en reconnaissant que la solution au conflit serait politique et non militaire. «Nous avons arrêté Kadhafi sur sa lancée. Son temps est compté. Il est de plus en plus isolé», a déclaré Rasmussen sur CNN. «Nous devons avant tout savoir qu'il n'y a pas de solution militaire. Il nous faut une solution politique.»