Maroc: des milliers de manifestants pour la démocratie, contre le terrorisme

© 2011 AFP

— 

Plusieurs milliers de personnes, principalement du Mouvement de contestation du 20 février, manifestaient dimanche à Marrakech pour dénoncer le terrorisme et réclamer des réformes démocratiques, "meilleur moyen de lutter contre la violence", selon eux.

Partis du centre de la ville ocre, les manifestants, plus de 7.000 selon un journaliste de l'AFP, devaient rejoindre la place Jamâa El-Fna, théâtre le 28 avril d'un attentat qui a fait 17 morts dont 13 touristes étrangers.

"Non au terrorisme!", ont-ils scandé. "Un roi qui règne mais ne gouverne pas", "Pour une nouvelle constitution", "Justice sociale", "Non à la corruption", pouvait-on lire sur les pancartes.

"L'attentat ne va pas changer notre mobilisation", a dit à l'AFP Mina Bouchkioua, une enseignante, militante du Mouvement du 20 février, venue de Rabat. Elle a dénoncé "les propositions insuffisantes" formulées par le roi Mohammed VI.

Le 9 mars, après la première manifestation de contestation le 20 février (qui a donné son nom au mouvement), Mohammed VI a annoncé des réformes constitutionnelles visant notamment à renforcer le rôle du Premier ministre issu des urnes.

"Le roi ne doit pas être au centre du pouvoir et il faut séparer les pouvoirs", a estimé l'enseignante, réclamant "la démission du gouvernement", ajoutant qu'elle n'a "pas confiance dans la commission" chargée de proposer des réformes et mise en place par le roi.

Plusieurs slogans s'attaquaient d'ailleurs à cette commission présidée par le juriste Adfeltif Menouni.

Les manifestants ont également visé deux hommes très proches du roi, Mounir Majidi, secrétaire particulier de Mohammed VI, et Fouad Ali el Himma. "Eloignez-vous de l'argent et de la politique", mentionnait une grande banderole, sous leur photo.

Ces critiques, inimaginables il y a quelques mois, étaient encore plus virulentes que lors des précédentes manifestations, les 20 février, 20 mars et 24 avril, qui ont eu lieu dans le contexte des révolutions et troubles secouant différents pays arabes.

Comme lors des précédents rendez-vous, les manifestants étaient principalement des jeunes, venus cette fois de plusieurs villes du royaume. En revanche, les islamistes étaient moins présents.

D'autres slogans dénonçaient la DGST, les renseignements marocains, en l'accusant de torture.

"Le seul moyen de combattre le terrorisme, c'est la démocratie", ont scandé les manifestants.

"Nous sommes ici pour exprimer notre solidarité avec les habitants de Marrakech, pour demander une vraie démocratie et rejeter le pouvoir personnel", a dit à l'AFP Mohamed, un jeune homme de 25 ans venu de Beni-Mellal (200 km à l'est de Marrakech).

L'attentat de Marrakech a fait craindre un coup d'arrêt à la politique d'ouverture initiée par le roi, même si dès le lendemain de l'attaque, le porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri promettait que le processus de réformes politiques ne serait pas remis en cause.

L'organisation non gouvernementale Human Rights Watch (HRW) a par exemple appelé les autorités marocaines à ne pas "bloquer" les réformes démocratiques engagées.