Mort de Ben Laden: Pourquoi Barack Obama refuse de diffuser la photo

Maud Pierron et Alexandre Sulzer, avec C.C.

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Capture vidéo diffusée par la chaîne américaine ABC News le 2 mai 2011 montrant la chambre où a été tué Oussama ben Laden au Pakistan.
Capture vidéo diffusée par la chaîne américaine ABC News le 2 mai 2011 montrant la chambre où a été tué Oussama ben Laden au Pakistan. — ABS NEWS / REUTERS

La seule photo de Ben Laden mort connue sera-t-elle une photo truquée? Sans doute, le président Barack Obama ayant décidé mercredi de ne pas diffuser les clichés véritables de son cadavre.

La photo truquée est «sortie» dans la foulée de l’annonce de la mort du leader d’Al-Qaida, diffusée par une télé pakistanaise et largement relayée par les médias, jusqu’à ce que la supercherie soit mise au jour. Forcément, tout le monde attendait une preuve de l’information. L’administration Obama affirme posséder au moins une photo de Ben Laden mort, mais elle a hésité à la révéler. Cette initiative aurait pourtant pu mettre un frein aux théories conspirationnistes. 20Minutes s’est penché sur les raisons qui poussent les Américains à faire de la rétention de photo.

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Trop choquante, elle pourrait indigner le monde arabe

Jay Carney, porte-parole de la Maison Blanche, a laissé entendre mardi que la diffusion ou non de «La» photo faisait l’objet d’un vif débat au sein de l’administration Obama.  «Il est juste de dire qu'il s'agit d'une photographie horrible», a-t-il expliqué. «Je vais être franc. Il y a des susceptibilités (à ménager) en ce qui concerne la publication de photographies de Ben Laden», a insisté le porte-parole. La question est, selon lui, de savoir si une telle publication «sert ou dessert nos intérêts, pas seulement ici mais dans le monde entier».  Interrogé par 20Minutes, Pascal Le Pautremat, collaborateur de la revue Défense, explique que si le corps n’a pas été montré, c’est «parce que sa dépouille ne doit pas être un trophée de chasse». «Peut-on imaginer l’impact d’une telle image sur la communauté musulmane dans le monde?», interroge-t-il. D’autant que «le visage de Ben Laden a dû être largement mutilé». «Sous Bush, on aurait pu imaginer que les réjouissances auraient été plus grandes et le cadavre exhibé», abonde le général Lou Francart, directeur général d’Eurocrise, une agence d’intelligence stratégique.

Elle pose des problèmes stratégiques

John Brennan, le conseiller antiterroriste de Barack Obama, l’expliquait à la presse lundi soir: Si l’administration américaine n'a pas encore publié les photos, c’est qu’elle ne souhaite pas «compromettre notre capacité à réussir la prochaine fois qu’on aura à faire à l’un de ces gars». En clair: La diffusion d’images pourrait trahir quelques secrets de fabrique militaires. Parmi ceux-ci , «l’armement, l’équipement dont les forces sont pourvues ou encore les moyens de télécommunications », explique le général Lou Francart. «Le gouvernement américain va certainement faire un montage des images desquelles ils auront filtré le mode opératoire.»

Elle ne lèvera pas les doutes

D’après ce que l’administration américaine a révélé, Ben Laden a été touché à la tête. Il n’est donc pas sûr que l’ex-ennemi n°1 soit reconnaissable. Cela ne permettrait donc pas de lever les doutes de ceux qui affirment que Ben Laden n’est pas mort ou que ce n’est pas lui qui est mort. En revanche, John Brennan a laissé entendre que les tests ADN ayant permis d’identifier Oussama ben Laden pourraient éventuellement être révélés. 

Une simple question de timing?

Beaucoup de responsables américains estiment que les photos de Ben Laden mort seront diffusées in fine. Mais qu’en cette période où les risques de représailles sont élevés, où la colère des soutiens de Ben Laden est à vif, il serait bon de tempérer. «Je pense qu'à un moment donné, les photos de son corps seront publiées», a expliqué le président de la commission de la Défense au Sénat mais il faut que la publication soit «retardée jusqu'à ce que les réactions se calment». «Le gouvernement discute évidemment de la meilleure manière de procéder, mais je crois que personne n'a douté un seul instant qu'au bout du compte, une photographie sera présentée au public», a expliqué le patron de la CIA, Leon Panetta. Peine perdue selon la dernière décision du président américain.