Mort de Ben Laden: Qui sera le nouveau grand Satan des Etats-Unis?

DÉCRYPTAGE e pays a toujours fonctionné en opposition à un ennemi identifié, diabolisé. Oussama ben Laden mort, qui le remplacera?...

Julien Ménielle

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Oussama ben Laden, le 24 décembre 1998, dans le sud de l'Afghanistan.
Oussama ben Laden, le 24 décembre 1998, dans le sud de l'Afghanistan. — R.YOUSAFZAI / AP / SIPA

«Nous sommes dans un conflit entre le bien et le mal et l'Amérique appellera le mal par son nom.» Le discours de George W. Bush à West Point en juin 2002 symbolise l’aptitude des Etats-Unis à diaboliser un ennemi, en opposition duquel le pays peut exister et se construire. Mais celui qui incarnait le mal depuis cette époque est mort dans la nuit de dimanche à lundi. Qui prendra la place de grand Satan laissée libre par Oussama ben Laden?

Ayman al-Zawahiri, nouveau numéro 1

«Ben Laden était un prolongement de la guerre froide pour des Etats-Unis incapables de se penser autrement qu’en opposition», indique le spécialiste des Etats-Unis François Durpaire. Une chasse aux sorcières dont avaient été, avant le maccarthysme, victimes les Indiens puis les Noirs, comme le rappelait le politologue américain Michael Rogin dans Les démons de l’Amérique, traitant de la tradition de diabolisation du pays.

Avant Ben Laden, Saddam Hussein avait incarné «l’empire du mal» cher à Bush et à Reagan. «Il avait fallu aller le chercher», note la politologue franco-américaine Nicole Bacharan, en allusion aux fausses informations sur les armes de destruction massive ayant permis d’ériger le leader irakien au rang de monstre. «Ben Laden s’est imposé de lui-même», poursuit la spécialiste, qui avance le nom d’un successeur: Ayman al-Zawahiri.

Un monstre sans visage

En toute logique, l’actuel et très médiatique numéro 2 d’Al-Qaida devrait devenir le leader de l’organisation. De quoi détrôner du même coup Ben Laden en tant que grand Satan des Etats-Unis, lui qui est déjà devenu l’homme le plus recherché du monde. «La place pourrait aussi être prise par Kadhafi», avance de son côté l’historien Thomas Snegaroff. Mais si Ben Laden a tenu dix ans, le guide libyen risque de ne pas en faire autant. Aussi, le spécialiste des Etats-Unis a une autre hypothèse.

«L’ennemi pourrait ne pas être incarné par une figure», avance Thomas Snegaroff. Le démon américain, selon lui, pourrait ne pas vraiment changer puisque «le terrorisme international n’est pas endigué». Mais le monstre perdrait son visage. La raison? «Obama n’est pas dans ce fonctionnement-là», renchérit  Nicole Bacharan.

«America Lite»

François Durpaire va encore plus loin. «La mort de Ben Laden prive les Américains de leur ennemi, dont ils doivent presque faire le deuil», indique le spécialiste, qui parie pourtant que, cette fois, il n’y aura pas de nouveau Satan. «Obama n’en veut pas, et son discours pédagogique commence à passer», explique-t-il. La coïncidence entre la personnalité du président américain et la réalité historique sonne comme «le chant du cygne du choc des civilisations version Bush», poursuit François Durpaire.

«On est dans un monde gris, pas noir et blanc, ajoute le spécialiste. Et pour Barack Obama, l’ennemi est intérieur: c’est la crise, le chômage.» Les Etats-Unis seraient donc prêts à entrer dans l’ère de l’«America Lite», qui ne marquerait pas la fin de leur puissance, mais «l’adaptation de leur leadership au 21e siècle, sans combat du bien contre le mal».

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