Abdelilah Benkirane: «L'attentat de Marrakech ne touchera pas au but»

INTERVIEW Le secrétaire général du Parti Justice et Développement (parti islamiste modéré), qui siège au Parlement marocain, répond aux questions de «20 Minutes»...

Propos recueillis par Faustine Vincent, à Marrakech

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Abdelilah Benkirane, secrétaire général du Parti Justice et Développement (PJD), le parti islamiste modéré marocain (photo prise à Rabat le 21 novembre 2007)
Abdelilah Benkirane, secrétaire général du Parti Justice et Développement (PJD), le parti islamiste modéré marocain (photo prise à Rabat le 21 novembre 2007) — AFP/PHOTO/ABDELHAK SENNA

De notre envoyée spéciale à Marrakech

Des Marocains s’inquiètent d’un lien possible entre la grâce accordée mi-avril par le roi à une centaine d’islamistes emprisonnés et l’attentat de jeudi à Marrakech. Qu’en pensez-vous?

A mon avis, il n’y a pas de relation entre les deux. Sauf si les commanditaires de l’attentat voulaient passer un message sur le thème: «si des islamistes sont relâchés, vous voyez ce qui va vous arriver». Je ne pense pas que ce soit le cas, mais on verra. Les salafistes eux-mêmes ont été unanimes pour condamner cet acte odieux.

Cet attentat ne risque-t-il pas de stopper toute nouvelle grâce et de conduire à de nouvelles arrestations massives?

Je ne crois pas qu’il y aura de nouveau des arrestations massives. Les détentions arbitraires, c’est du passé. On a vu ce que ça a donné. Ça ne se reproduira plus.

Pensez-vous que cet attentat puisse mettre un coup d’arrêt au processus de démocratisation en cours?

Ce processus a des raisons très profondes. Les Marocains en ont marre de tout ce qui s’est passé ces dernières années: les alliances pour constituer des majorités, la pression subie par la presse, l’oppression économique, etc. Mais le roi a tranché dans le sens de la démocratie. La nouvelle Constitution va venir, des élections auront lieu. On n’a pas le choix, on doit avancer. Si on ne le fait pas, ce n’est pas des manifestations de quelques milliers de personnes que l’on aura, comme c’est le cas aujourd’hui, mais de toute la population. On risquerait alors d’avoir un scénario à l’égyptienne ou à la tunisienne qui pourrait menacer notre stabilité. Or ni le roi, ni l’Etat, ni la population ne le souhaite.

Que vous inspire le Mouvement du 20 février? Vous aviez appelé à boycotter les manifestations…

Heureusement que le mouvement est descendu dans la rue pour défendre les réformes dans le cadre de la monarchie. C’est la condition sine qua non pour la stabilité du pays.

Cet attentat est-il selon vous une tentative de déstabilisation du royaume au moment où s’engage la transition démocratique?

On ne sait pas qui est derrière. On a peur qu’il y ait des mains étrangères. Mais on ne peut pas faire mieux que de le condamner à l’unanimité. Donc inch’allah, cette attaque va nous gêner mais ne touchera pas au but, c’est-à-dire faire avorter le processus de démocratisation. Sa Majesté est personnellement attachée à ces réformes. Les choses vont dans le bon sens. Le terrorisme a frappé beaucoup de pays. Mais le Maroc est l’un des plus épargnés de la région. On espère que cela ne se reproduira plus.